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Communiqué – Nos impressions sur le rapport de l’institut Montaigne : « la fabrique de l’islamisme » [16/09/2018]

Communiqué – Nos impressions sur le rapport de l’institut Montaigne : « la fabrique de l’islamisme » [16/09/2018]

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Nos impressions sur le rapport de l’institut Montaigne : « la fabrique de l’islamisme »


Si nous avons décidé de prendre la plume pour commenter ce rapport Montaigne, c’est qu’il semble incarner, à notre sens, un tournant dans l’attitude d’un certain milieu qui cherche à avoir l’oreille des politiques et dans leur rapport avec l’Islam.

Inutile de revenir sur l’histoire et les raisons de l’obsession française contre l’Islam, et ce, malgré les multiples métamorphoses que ce pays a connues à travers son histoire. Il faut simplement retenir que depuis 40 ans, c’est-à-dire depuis les premiers signes d’une réislamisation des populations musulmanes, l’Occident a offert au monde entier une lecture fausse des événements.

Discours après discours et programmes après programmes, la plupart des dirigeants occidentaux, intellectuels, journalistes et experts répétaient que les sociétés occidentales, pacifiques et innocentes par essence, animées de tous les meilleurs sentiments, étaient agressées par une bande de sauvages irrationnels et haineux désirant « combattre notre mode de vie », islamiser, tuer et piller. Ce rapport s’avérera être une évolution timide mais positive de ce discours, s’il met fin, ou tout du moins relativise, cette rhétorique hystérique.

Karoui et ses collaborateurs déclarent en effet :

« L’Occident qui se pense porteur de valeurs universelles et d’un projet unique se retrouve mis en concurrence par cette idéologie, dans le monde arabe et musulman évidemment mais aussi en Europe occidentale et singulièrement en France, où de nombreux Français ont fait le choix conscient d’opter pour ce projet alternatif. »

Avec ce type d’affirmations ce “rapport Karoui” et à travers lui, une partie de l’élite française, reconnaît que l’Occident est en proie à une lutte de nature intellectuelle et idéologique avec l’Islam et que les fameux « islamistes » sont tout simplement les tenants d’un projet alternatif de civilisation et de société, et, avant cela d’un système de valeurs contraire en tout point au sécularisme occidental.

Pour une fois, ils reconnaissent que le problème ne réside pas dans le terrorisme ou la violence (qui ne sont pas des actions à proprement parler mais de la pure réaction) tout en admettant que l’Occident est bousculé dans son universalisme, dans sa prétention à imposer au reste du monde sa vision philosophique et son mode de vie, rabroué dans sa volonté de « réglementer tous les aspects de la vie », car oui, il n’y a pas pire totalitarisme que ce suprémacisme occidental qui veut décréter pour tous les peuples ce qui est légitime ou pas dans leurs croyances et leurs rites.

Voilà pourquoi nous pensons que, malgré ses très nombreuses inexactitudes, ses amalgames, erreurs de bonne foi ou ses attaques vicieuses délibérées, ce rapport -pour la première fois- fait un constat que l’on peut qualifier de ”positif”.

Ce rapport reconnaît que ce qu’il nomme ”islamisme” n’est en rien une idéologie archaïque, moyenâgeuse, intellectuellement limitée, axée sur la violence, le désir de revanche, la haine sectaire ou la rage issue de passions diverses.

Ce rapport reconnaît qu’il s’agit d’un ensemble de théories politiques et philosophiques très rationnelles, il admet que l’Islam a une portée idéologique (des musulmans pensent et réfléchissent sur le monde dans lequel ils sont, selon leur croyance), avec des concepts et une vision extrêmement réfléchie, argumentée, forte, concurrente et alternative au projet de société qui nous est proposé par l’Occident.


Un arabe à l’Elysée : acte II

Il faut ensuite noter quelque chose : le fait que ce rapport soit publié par un maghrébin n’est pas anecdotique. Cela traduit une tendance générale en France de lassitude et de déclin : les forces vives de la France ne sont plus et ce sont désormais des allogènes, arabes, maghrébins, africains et très souvent de type sociologique « blédards » qui relancent avec le plus d’acharnement la bataille contre l’islam.

Ce sont les Sifaoui, Lydia Guirous, Bajrafil (pas maghrébin certes, mais complètement blédard), Mohamed Chirani, dans une autre mesure les écrivains Tahar Benjelloun et Kamel Daoud, les pseudo spécialistes Abdelweheb Meddeb et Malek Chebel, tous incitent un pouvoir français usé et fatigué à redoubler d’efforts dans sa lutte multiséculaire contre l’Islam.

La chose surprenante est l’inversion accusatoire dont Hakim el Karoui fait preuve quand il accuse les islamistes de vouloir importer et imposer la chari’a en Occident et en France. Il attribue à AAY notamment de vouloir imposer la Sharia « à l’intérieur et A L’EXTÉRIEUR DES TERRES DE L’ISLAM ». Pourtant, c’est bien Hakim al Karoui et ses semblables qui œuvrent activement et avec acharnement à la propagation des « valeurs occidentales » en dehors des limites traditionnelles de cette civilisation et qui attribuent à la France le devoir de lutter sans relâche contre l’Islam dans les pays musulmans eux-mêmes.

En effet, dans un rapport plus ancien, il préconisait que :

 « La France doit lutter efficacement contre la diffusion du salafisme et de l’islamisme dans la région et au-delà. Pour cela, elle doit adopter une position claire concernant l’Islam politique, construire des alternatives en France, porter ce discours sur la scène européenne et mondiale, afin d’inciter les pays concernés à cesser la propagation de cette idéologie. ».

Revoilà l’universalisme impérialiste français dans toute sa splendeur, sauf qu’ici il n’est pas prôné par un néo-croisé, mais bel et bien par un simple turcopole subalterne. Cela résume tout le paradoxe de la situation actuelle qui voit des musulmans français de « 3e ou 4e génération » (tels que nous sommes décrits dans ce rapport) reprendre le flambeau de l’Islam, voire des français de 100e génération pour certains d’entre nous convertis, très souvent face à des néo français de papier, encore tout frais du bled, mais béats devant une France au bord du gouffre.

Et si Hakim est bien né en France, tout autant français que nous le sommes, il fait pourtant partie d’une génération qui n’a pas connu le renouveau de l’Islam, ayant juste hérité de son folklore traditionnel en étant gavé des utopies et des mythologies françaises.

Car le plus frappant à la lecture de ce rapport est que ses auteurs semblent désarçonnés, sans réponse, face à l’islamisme décrié. Les quelques mesures avancées, inutiles et dérisoires, soulèvent déjà l’ire de ceux-là même qu’elles sont censées protéger de l’islamisation. Autant l’apprentissage de l’arabe dans les écoles de la déesse « République » n’entravera en rien la pratique de l’Islam par les croyants, autant la volonté d’empêcher son enseignement ne fera qu’accélérer le déclin d’une population française de plus en plus irritable et renfermée sur elle-même, qui aurait pourtant eu tout à gagner à s’ouvrir et essayer de comprendre l’autre, via la langue, au lieu de le haïr bêtement.

Déjà affublés du titre d’ « islamistes » et désormais nommés « qotbistes » (puisqu’il s’agit d’une catégorie savante d’après les schémas présents dans le rapport), citons les avertissements prononcés il y a 70 ans, en Égypte, par Sayyid Qotb lui-même au sujet de ses pseudo-intellectuels arabes francisés :

« Et c’est depuis plus d’un siècle que la France nous présente cette pièce de théâtre sauvage sur la scène nord-africaine, depuis sa colonisation de l’Algérie en 1830. Et pendant qu’elle met en scène cette pièce ignoble, ses esclaves [ndl: les arabes pro-français] récitaient leur chanson perpétuelle au nom de la France, cette France gardienne de la liberté. La France honore d’ailleurs ses serviteurs qui trompent leurs peuples, qui trahissent leurs nations, et anesthésient leurs publics, puis qui essuient ensuite les traces de sang de la bouche nauséabonde de la France (…)

Parmi les ”leaders de la pensée”, il y a ceux qui veulent que l’on délaisse nos croyances, nos traditions, notre histoire et notre gloire, et qui veulent que l’on coure derrière cette civilisation pour « que l’on s’élève » et pour que « l’on devienne civilisés », en accédant au train du « monde civilisé » ! »


Les réactions effarouchées de l’arrière-garde de l’islam de France

Beaucoup d’acteurs associatifs, de représentants de l’islamo-sphère, d’activistes du net, de militants, ou d’associations épinglent, attaquent et récusent ce rapport pour de très mauvaises raisons. La principale cause de leurs levées de bouclier ? Ils sont tous terrorisés et tétanisés par la stigmatisation qu’engendre le terme ”islamiste” et cherchent à créer un islam politiquement correct acceptable pour le musulman français.

Pour certains adeptes de l’islam libéral Made in US-UK nous le comprenons aisément: ils ressemblent plus à de simples militants pour les libertés individuelles, prêts à lutter côte-à-côte avec les militants LGBT, qu’à de véritables militants pour un Islam civilisationnel, adeptes d’une citoyenneté musulmane décomplexée.

Pourtant la tentation fut grande de prendre en dérision cette énième « étude » téléguidée aux multiples passages volontairement tronqués et tapageurs ? Passer outre et rester muets malgré plusieurs mentions explicites visant nos auteurs, certaines maisons d’édition, et d’autres acteurs pertinents de la communauté ? Crier au loup avec l’ensemble des personnalités et représentants musulmans de l’Hexagone ?

L’honnêteté intellectuelle et notre ligne idéologique, à la lecture de ce dossier, nous ont poussés à adopter une posture plus nuancée. En surface, évidemment il s’agit là d’une énième tentative de mise sous tutelle de la communauté musulmane. Ce rapport reste sur une orientation coutumière coloniale et occidentalo-centrée, mais dans le fond ? Dans le débat d’idée ? La conclusion peut-elle être aussi tranchée et expéditive que ça ?

En lisant ce rapport, une évidence s’impose : ses auteurs ont mis de côté les définitions grossières auxquelles nous étions habitués et ont tenté de comprendre le phénomène sans caricature :

« Si les idéologies islamistes font toujours référence à la tradition, il s’agit néanmoins de constructions intellectuelles contemporaines, et l’anti-modernisme affiché n’est pas une ignorance de la modernité mais plutôt la volonté de proposer une offre idéologique alternative, qui prend appui sur les sociétés dont il conteste le fonctionnement. »

L’islamisme n’est pus décrit comme une pulsion sanguinaire ou une crise passagère, mais comme un courant qui « pense par lui-même avec ses propres concepts, sa grille d’analyse et sa vision du monde » Pour autant, il ne s’agit pas d’applaudir l’ensemble du texte ni d’affirmer notre accord avec les multiples définitions, historiques et statistiques souvent orientées (quoi de plus normal en fait) et limitées. Il s’agit plutôt ici de reconnaître un fait nouveau et une manière moins émotionnelle de présenter tout un mouvement de pensée d’habitude caricaturé et relégué à des tendances marginales.

Car, en fin de compte, le rapport par cette évolution sémantique force les responsables à ouvrir les yeux sur une réalité amère : l’existence d’une pensée alternative, structurante et crédible. Plus encore, il reconnaît les limites de l’impérialisme occidental :

« Ce raisonnement explique pour une bonne part le malaise que l’islamisme crée en Occident : il met en valeur les failles de l’idéologie libérale occidentale, ses promesses non tenues et ses responsabilités dans le désordre géopolitique du monde arabe. »


Islamisme : un terme fourre-tout à remettre à l’endroit

Contrairement à la meute farouchement hostile à cette étude, il semble primordial d’affirmer que le terme « islamiste » n’a rien de péjoratif si nous sommes en mesure de le définir de manière positive.

Car, soyons précis, d’après ce rapport et l’intelligentsia laïque, le « musulman » ne mérite cette appellation que s’il ne manifeste aucunement sa croyance en public, s’il ne fait jamais intervenir sa foi et ses valeurs spirituelles dans les questions sociétales et civiles et s’il ne revendique ses préceptes religieux que dans un cadre strictement privé. Le « musulman invisible » en somme. C’est à dire le musulman tel que se voit Hakim el Karoui lui-même !

Or le musulman devient de fait « islamiste », d’après leur paradigme, dès lors que sa pratique devient visible, que ses valeurs religieuses sont revendiquées et assumées dans le débat public et dès qu’il considère que sa foi, son histoire et ses convictions portent en eux tout un projet de civilisation.

L’islamiste n’est autre qu’un simple musulman « intégral » , tandis, qu’à leurs yeux, le « musulman » n’est qu’un individu laïcisé saupoudré d’une culture musulmane, en gros l’arabo-africain d’antan qui faisait juste savoir à son entourage qu’il ne mange pas de porc…

C’est à nous donc qu’il revient de remettre les choses dans l’ordre, de reprendre la dialectique de nos opposants en étant capables de la retourner via toutes ses contradictions (celles qui ont fait bondir toute l’islamosphère !) tout en imposant notre vision et notre lexique propre. Vouloir à tout prix éviter d’être qualifiés d’islamistes, c’est en fait vouloir ardemment être acceptable et intégrable dans le regard de l’autre.

Il ne s’agit pas ici de s’approprier les mots de « l’ennemi » mais de ne plus avoir peur d’assumer ce que nous sommes et ce que nous souhaitons.

Le seul hic pour nous, et nous concernant très précisément, c’est que pour les rédacteurs du rapport, il y a comme la tentation facile de porter atteinte à ceux qui sont vecteurs de cet Islam et de sa vocation de civilisation, en cherchant notamment à faire croire que les musulmans adeptes de cet Islam historique et universel veulent islamiser politiquement l’Occident, alors que leur vision est beaucoup plus subtile que cela.

Autrement dit, ne pouvant lutter sur le plan idéologique, il leur faut tout de même égratigner, alerter et alarmer, à des fins de répression (?) comme seul moyen de limiter la propagation de cette puissante croyance: cette idée selon laquelle l’Islam est un projet de civilisation alternatif et concurrent de celui de la mondialisation occidentale, un autre modèle pour l’humanité.

Définir l’Islamisme, dans la compréhension même des auteurs du rapport en contextualisant sa portée en Occident et en France, sans utopie et avec réalisme: il est là l’enjeu véritable. Ne pas accepter que les musulmans, matures, conscients et raisonnés, aient des idéaux philosophiques et politiques différents de ceux de la pensée conformiste française: là est la véritable question.



NAWA plus qu’une édition, un mouvement intellectuel innovant

Ce rapport nous présente, comme un courant de pensée bien plus qu’une simple maison d’édition, avec un “salafisme de synthèse” ou un “post-salafisme” :

« Ce nouveau courant peut être décrit comme un salafisme de synthèse qui n’appartient à aucune doctrine théologique et s’inspire de différentes écoles des sciences humaines modernes (y compris des écoles occidentales) tout en se référant au salafisme ancestral d’Ibn Taymiyya, que l’on pourrait qualifier de « sunnisme révolutionnaire ». »

Il faut saisir l’importance de l’affaire. Ce rapport consacre 4 pages pleines à un de nos auteurs en lui imputant la création même d’une pensée nouvelle (occidentologie) et de concept novateur (ainsi que des prétendus influences vicieuses et tronquées visant à lui nuire personnellement). Puis considère notre édition comme plateforme d’un mouvement naissant par l’appellation « post-salafisme »

« C’est la maison d’édition Nawa éditions (« petite graine » en arabe) qui publie les écrits post salafistes. Cette plateforme indépendante créée en 2009, spécialisée dans la politique, l’histoire, et les sciences humaines publie exclusivement des ouvrages d’Aissam Aït Yahia et de Souleiman al Kaabi »

Quelle est pour nous l’Ecole de Nawa ? “Salafisme de synthèse”, “post-salafisme” ou ”sunnisme révolutionnaire”, peu importe, car notre pensée est intégrale, elle s’inscrit effectivement dans la filiation de nombreuses familles issues du sunnisme historique et elle essaie d’en synthétiser les apports pour en comprendre les limites et essayer de corriger les failles internes que connaissent ces différents courants actuellement, ce qui implique aussi de critiquer les fourvoiements comme les erreurs stratégiques commises par les mouvements islamiques contemporains.

C’est pourquoi de tout ce qui est décrit par ce rapport, l’idéologie islamique française, et occidentale en devenir, enracinée, réfléchie, nourrie de différentes formes de réflexion, est donc pour eux le véritable enjeu, car c’est le cœur vivant et dynamique de l’ensemble, celle qui forge les armes intellectuelles qui a influencé et a forcé certains à réévaluer toute une partie de leurs anciennes postures.

Mais ce qui nous préoccupent déjà, avec les informations qui nous sont révélées ici et là, c’est bien que certains de ces même acteurs qui s’indignent de la gestion néocoloniale de l’Islam en France, (que nous dénoncions déjà quand ces derniers vous demandaient de participer, sans aucune réflexion préalable, au jeu électoral et à la foire démocratique en essayant de s’intégrer à l’islam institutionnel), sont les mêmes qui ont refusé/refuse de consulter en interne ces autres acteurs qui sont justement épinglés pour avoir construit et diffusé la seule et véritable vision politique musulmane qui dérange les auteurs de ce rapport et dont l’aura intellectuelle leur pose le plus gros souci.




L’équipe rédactionnelle des éditions NAWA

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