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Les Nazaréens dans le discours orientaliste

Les Nazaréens dans le discours orientaliste


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Question d’un lecteur:

J’ai un ami, un docteur français d’origine arménienne. Il est chrétien orthodoxe, et il a lu dernièrement un livre qui l’a beaucoup « perturbé » : « le messie et son prophète, aux origines de l’Islam » (Tome II, Du Muhammad des Califes au Muhammad de l’histoire) de Edouard-Marie Gallez.

En résumé : selon l’auteur, les Nassara (si c’est bien les mêmes que les Nazaréens) ont perdu une bataille contre les romains en 623. Ils se sont alors alliés à la tribu arabe de Quraysh (qui était forte) et ont pris la ville Jérusalem en 627. Cette tribu disait être des croyants d’Ibrahim. Les Nassaras leur ont dit que s’ils prenaient Jérusalem et construisaient un cube de la forme de la Kaaba, Jésus reviendra. A la fin de la construction en 629, rien ne s’est produit comme indiqué. Les arabes Qurayshi ont alors décimé les Nassaras. Les arabes ont voulu ensuite avoir un livre saint comme les Juifs et les Chrétiens. Les Nassara avaient un livre appelé “Kurane”. Les arabes ont pris ce livre et créé un livre appelé le “Coran”. Les Califes ont inventé l’histoire de l’Islam que 80 ans après l’an 627.

Voici ses questions :

1/ Quelle preuve archéologique de l’existence de la Mecque avant l’Islam ?

2/ Dans le Coran il y est dit qu’il est interdit de chasser le poisson (et le gibier) pendant les mois sacrés. Or, il n’y a pas de mer à la Mecque. C’est donc une preuve que la Tribu de Quraych n’est pas de la Mecque. Elle serait plutôt de Latakia (sur la côte syrienne). Qu’est-ce que vous en pensez ?

3/ Dernièrement, on a découvert des « feuillets » anciens du Coran dans un faux mur dans une mosquée au Yémen. Ces feuillets sont différents du Coran actuel. Est-ce une preuve qu’il y a plusieurs versions du Coran ? Et que la version actuelle a été créée par les Califes ?

4/ C’est quoi la différence entre les Nassaras, les chrétiens et les Yahouds (Juifs) ? Qui sont exactement les Nassaras ?

Quelles sont vos commentaires et recommandations pour nous guider dans ce sujet ?



Réponse d’A. Soleiman Al-Kaabi

Un cheikh tunisien m’a dit un jour que la méthode des orientalistes et islamologues se résume à cela : « considérer comme faux l’essentiel des témoignages historiques musulmans, et prendre comme vrais des détails de ces mêmes témoignages qu’ils utilisent pour dénigrer l’islam ». On conviendra que cette méthode est auto-contradictoire. Or, les théories de Gallez dans son livre « Le Messie  et le Prophète » représentent la version la plus extrémiste et la plus loufoque de cette méthode.

Il affirme que tous les textes musulmans qui relatent l’histoire du Prophète sont faux, qu’ils ont été inventés un siècle plus tard voire plus par les califes omeyyades pour effacer les traces de la vraie histoire de l’Islam, qui est toute autre que ce que l’on croit. Et pour nous expliquer quelle fut la vraie histoire du Prophète, il extrait pourtant quelques passages de ces mêmes textes historiques (qu’il traite de mensongers) pour construire une théorie digne de science-fiction.

Donc, avant de répondre sur le fond, il est obligatoire de commencer par parler de méthodologie. La méthode habituelle en histoire consiste à étudier les textes en présence, chroniques, témoignages, textes d’auteurs, et de les considérer comme « vrais » jusqu’à preuve du contraire. On ne peut pas travailler sur un sujet si on estime que toutes les sources disponibles sont fausses, car dans ce cas on s’abstient dès le début d’émettre le moindre avis. Il peut toujours exister dans ces textes des mensonges délibérés de l’auteur, des erreurs, des oublis, des omissions, mais le travail de recherche consiste justement à mettre tous ces matériaux en comparaison pour confronter les témoignages contradictoires, écarter les éléments douteux, compléter les silences, et retracer le plus exactement possible la trame de l’histoire.

Or, dans le cas de Gallez et des autres auteurs « complotistes » islamophobes, on échafaude une théorie qui répond à une idéologie bien déterminée, puis on recherche dans des sources (réputées fausses selon lui) des bribes (qui auraient échappé aux censeurs, selon lui) qui permettent d’alimenter la théorie de départ. Il s’agit d’une théorie dépourvue de preuves puisque les preuves, dit-il, ont été effacées. C’est lui qui construit des preuves sur mesure à partir de fragments de textes qu’il emprunte ça et là, et qu’il met bout-à-bout pour les besoins de sa théorie. Ce n’est donc pas à nous de contester cette théorie puisqu’elle sort ex-nihilo de l’esprit de ce personnage.

Prenons un exemple concret : pour que sa théorie tienne la route, Gallez dit que les Quraysh n’étaient pas païens, mais chrétiens. Cela impliquerait que les longues chroniques anciennes qui décrivent le Prophète s’opposant aux divinités de son peuple sont fausses, mais aussi la description des divinités adorées à La Mecque, leurs noms et les cultes qui leur étaient rendus sont faux aussi, les passages du Coran évoquant les divinités arabes sont inventés, pour faire croire que l’Islam s’est opposé au paganisme. A contrario, les preuves de l’inverse ont été sciemment effacées.

La méthodologie de ce livre est tellement défaillante, qu’il n’aurait jamais dû être pris au sérieux par quiconque et que ce livre ne mérite même pas qu’on s’y intéresse. Et quand on sait qu’il s’agit d’une thèse de doctorat (!!), cela suffit à jeter le discrédit sur toute l’islamologie d’Etat, pour qui la fin justifie les moyens. Dénigrer l’Islam est un objectif tellement important en Occident que ces défaillances méthodologiques gravissimes lui ont été pardonnées par ses congénères.

Maintenant pour répondre à vos questions :

1/ quelle preuve archéologique de l’existence de la Mecque avant l’Islam ?

Il y a les fondations de la Kaaba elle-même qui datent du deuxième millénaire avant JC, ainsi que les autres vestiges liés à la source de Zamzam et des reliques qui prouvent que la ville existait bien avant l’Islam. Mais ce sont surtout les écrits et témoignages historiques qui nous permettent de connaitre avec précision l’histoire de La Mecque pendant les 200 années qui ont précédé l’Islam. Remettre en cause la réalité de ces témoignages historiques s’appelle du « révisionnisme », et ce n’est pas à ceux qui défendent l’histoire officielle d’apporter les preuves d’un fait avéré et évident (l’existence de La Mecque) relaté dans d’innombrables textes, mais aux révisionnistes d’apporter des preuves réellement sérieuses.

Le problème de cette vision complotiste qui affirme que l’histoire des Quraysh est une pure invention, c’est que les témoignages sur cette tribu et ses origines ne se trouvent pas seulement dans des sources « musulmanes », mais aussi dans les ayyâm ul-‘arab, les poèmes antéislamiques qui consignaient l’histoire des tribus et les événements majeurs de la Péninsule. Nous avons par exemple les poèmes qui relatent l’histoire des grands chefs quraysh, la confrontation avec la tribu de Khazâ’ pour le contrôle de La Mecque, la fondation de la ville vers les années 450 par Qusay ibn Kilâb, les relations diplomatiques de ses fils avec les rois de la région pour ouvrir les routes commerciales. Il y a aussi les poèmes qui décrivent les différentes guerres qui se sont déroulées à La Mecque entre Quraysh et les tribus voisines (les guerres des Fujjâr) bien avant l’Islam. Ceux qui auraient voulu falsifier l’histoire auraient aussi réécrit toute cette histoire et produit tous ces poèmes ?

On peut manipuler l’Histoire, la déformer, passer certains aspects désagréables sous silence (comme l’a fait l’institution chrétienne pendant des siècles vis-à-vis de l’existence des Nazaréens), mais on peut difficilement l’escamoter complètement et remplacer les faits réels par des récits totalement fictifs. Les vraies manipulations de l’Histoire se produisent le plus souvent au niveau de l’« interprétation » des faits et non au niveau des faits eux-mêmes.

Prenons un exemple qui est directement lié à ce sujet : dire que les conquêtes musulmanes étaient une campagne de guerres sauvages et sanglantes, est un mensonge. Mais les propagandistes qui ont imposé cette idée n’ont pas pu effacer les faits, ils ont simplement popularisé une interprétation fausse d’événements historiques. Les faits eux-mêmes sont toujours disponibles et présents pour prouver le contraire : il est difficile de travestir les faits eux-mêmes, et il est toujours possible pour ceux qui recherchent sincèrement et assidument la vérité historique de la trouver dans l’étude des textes.

2) Dans le Coran il y est dit qu’il est interdit de chasser le poisson (et le gibier) pendant les mois sacrés. Il n’y a pas de mer à la Mecque. C’est donc une preuve que la Tribu de Quraïch n’est pas de la Mecque. Elle serait plutôt de Latakia (sur la côte syrienne). Qu’est-ce que vous en pensez ?

Cet argument est représentatif de toute la méthodologie extravagante de Gallez, qui se drape du sérieux académique et repose en fait sur les clichés les plus ridicules. La Mecque n’est pas « en plein désert », mais se situe à seulement 80 km de la mer. Pourquoi situer les Quraysh au nord de la Syrie, alors qu’ils sont proches de la côte ?

Il nie dans un premier temps l’histoire officielle qui est pourtant attestée par une quantité de textes, puis il invente dans un second temps une autre histoire, et recherche en troisième lieu le moindre petit indice qui pourrait s’insérer dans sa théorie. En réalité, tout indique que les Quraysh étaient mekkois, et cet auteur prétend déduire le contraire, à partir de l’interprétation d’un verset coranique qui n’a rien à voir avec le sujet. Ce raisonnement n’est même pas le début d’une preuve.

J’ajoute à cela que le verset en question (Coran 5.96) dit tout simplement que la pêche est une activité autorisée tout le temps, contrairement à la chasse qui connait certaines restrictions dans la liturgie musulmane pendant les mois sacrés. Les commentateurs du Coran nous apprennent que ce verset a été révélé pour autoriser la pêche aux tribus côtières d’Arabie. La tribu des Banû Mudlaj qui habitait la côte du Hedjaz et vivait de cette activité, avait questionné le Prophète après que l’interdiction de chasser ait été imposée aux personnes en état d’Ihrâm (en état de sacralité pour se rendre au pèlerinage).

3/ Dernièrement, on a découvert des “feuillets” anciens du Coran dans un faux mur dans une mosquée au Yémen. Ces feuillets sont différents du Coran actuel. Est-ce une preuve qu’il y a plusieurs versions du Coran ? et que la version actuelle est “créée” par les Califes ?

Je ne connais pas ce texte, s’il est réel ou pas, son contenu. Il faudrait l’étudier pour pouvoir tirer la moindre conclusion. Cependant, il faut lever ici plusieurs malentendus sur la nature du Coran que l’on retrouve dans toutes ces thèses orientalistes. Sur ce sujet, Gallez n’a fait que reprendre la théorie du philologue allemand Theodor Nöldeke qui affirmait que le Coran est une création des califes. Son livre « Histoire du Coran » a été traduit en arabe en 2004 à des fins de propagande[1]. Mais quand ce texte « scientifique » s’est retrouvé entre les mains de vrais oulémas musulmans, ils ont été effarés par les erreurs grossières que contient ce livre, qui pourtant alimente la pensée islamo(logue/phobe) en Europe depuis 150 ans.

La première erreur concerne la manière dont les manuscrits ont été réalisés. Les auteurs occidentaux s’imaginent que les califes (Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân) qui ont fait rédiger les premiers manuscrits du Coran ont bricolé un livre à partir de fragments de textes réunis ça et là. En réalité, eux-mêmes connaissaient le Coran par cœur. Abû Bakr qui a fait rédiger le premier « mushaf », c’est-à-dire un Coran écrit, était reconnu comme celui qui connaissait le mieux le Livre révélé, selon les mots mêmes du Prophète (صلى الله عليه وسلم) qui disait : « celui qui connait le mieux le Livre doit guider la prière », puis il ajouta : « Personne n’est plus digne qu’Abû Bakr de guider la prière »[2].

‘Umar connaissait également le Coran par cœur, ainsi que ‘Uthmân qui maîtrisait parfaitement le texte qu’il répétait en entier presque chaque nuit. Il était même capable de le réciter d’une traite[3]. Il a néanmoins confié la mission de confectionner son célèbre manuscrit à plusieurs compagnons pour garantir son exactitude. Ensuite, il faut comprendre la méthodologie extrêmement rigoureuse que ces califes ont instituée dès cette époque pour conserver le Texte (méthodologie qui tranche cruellement avec l’amateurisme de nos amis orientalistes). Depuis les tout débuts de l’Islam, il existe des chaines de récitateurs qui n’accordaient leur ijâza à certains de leurs élèves qu’après s’être assurés de leur maîtrise parfaite du texte. Il existe aujourd’hui à travers le monde musulman, des milliers de Huffâzh, c’est-à-dire des personnes qui connaissent le Coran par cœur et tiennent ce message par l’apprentissage oral de génération en génération, selon des chaines qui remontent jusqu’au Prophète (صلى الله عليه وسلم).

Les occidentaux ne comprennent pas que le Coran n’est pas un texte écrit, mais un message qui s’est transmis oralement et selon des règles et une codification qui n’a pas son équivalent dans la culture européenne. Les Corans écrits ne représentent pas le substrat du livre sacré, mais uniquement un support de lecture et un aide-mémoire pour les musulmans. Les codes avec lesquels réfléchissent ces pseudos-historiens quand ils traitent de la rédaction et de l’évolution d’autres textes historiques ne peuvent donc pas s’appliquer au Coran.

Ils pensent par exemple que si les points diacritiques n’étaient pas présents dans les premiers manuscrits, cela laissait la possibilité de changer radicalement les mots : ce qui est faux, car le manuscrit n’était considéré que comme un support de lecture et non comme le Coran lui-même. De ce fait, si un calife avait voulu faire modifier des mots dans les manuscrits, ces versions seraient entrées en confrontation avec les versions récitées et apprises par les Huffâzh qui de toute façon ne s’appuyaient pas sur ces textes écrits dans leur apprentissage. Il n’y a pas de texte à falsifier, car il n’y a pas de texte écrit, mais un message appris par cœur et conservé par des milliers de Huffâzh qui depuis des siècles transmettent le Qurân.

Il faut signaler aussi que la décision de compiler le Coran sous le règne d’Abû Bakr, puis de ‘Umar venait du fait qu’un nombre grandissant de Huffâzh perdaient la vie dans diverses batailles. Ce mouvement de compilation n’était donc pas, comme le laisse penser les orientalistes, une volonté de falsification du Texte (ou d’invention à des fins politiques), mais bien un changement par rapport à une norme : celle de la tradition orale. A cette époque, la décision même de compiler le mushaf en un seul livre écrit fut la source de grandes divergences entre les compagnons du Prophète (صلى الله عليه وسلم), car certains y voyaient une « bid’a », un acte que le prophète (صلى الله عليه وسلم) n’avait ni pratiqué, ni indiqué.

Il y a aussi un malentendu sur la question des lectures. Les orientalistes pensent qu’il y a différentes « versions » du Coran, en évoquant les disputes qui ont éclaté à l’époque de ‘Uthmân au sujet de son manuscrit. Mais les versions en question n’étaient pas des « versions de texte », mais des lectures, c’est-à-dire que les divergences ne se situaient pas au niveau du message mais uniquement des « accents » comme nous l’apprennent les témoignages de l’époque. Le différend a éclaté pendant la campagne d’Azerbaïdjan où se côtoyaient, au sein de l’armée musulmane, des Arabes venant de diverses régions et qui avaient appris le Coran auprès de différents compagnons qui ne possédaient pas la même prononciation, car le Coran avait été révélé pour « sept prononciations » selon le hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim, c’est-à-dire qu’il était adapté pour les accents de sept langues arabes.

De ce fait, les différentes « lectures » qui existent encore de nos jours contiennent des variantes  au niveau de la prononciation, mais elles n’affectent en rien la compréhension et l’unité du Coran. Pour mettre fin à ces querelles, ’Uthmân ordonna de coucher à l’écrit le Texte sacré. Lorsque des divergences d’accents dans un verset étaient trop importantes pour être intégrées dans un seul manuscrit, ‘Uthmân ordonna qu’on favorise l’accent de Quraysh car, disait-il, la langue de Quraysh était prépondérante dans le Coran. Ce fut le cas pour le mot Tâbût (tabernacle) que Zayd ibn Thâbit prononçait Tâbuh. ‘Uthmân donna l’avantage à la prononciation qurayshite : ce fut donc le mot Tâbût qui fut adopté[4]. On voit avec cet exemple que le mot et le sens restent inchangés, et qu’il s’agissait simplement de divergences phonétiques.

Enfin, il existe une grande quantité de preuves que le Coran actuel est identique à celui de l’époque du Prophète et des « premiers » califes, puisque nous avons les témoignages des compagnons dans les années qui suivirent la mort du Prophète qui interprètent ou citent des versets du Coran que nous retrouvons dans le texte actuel, ainsi que d’innombrables hadiths qui expliquent ou situent les sourates et les versets dans le temps et le lieu. Mais bien sûr, tout cela n’est pas une preuve pour Gallez, car pour lui, tous ces textes sont faux et ont été forgés tardivement par des conspirateurs. Il est évident qu’avec de tels axiomes, toute discussion rationnelle est bannie, car l’unique but de ces auteurs est de combattre l’Islam.

4/ C’est quoi la différence entre les Nassara, les chrétiens et les Yahouds (Juifs) ? 

La question des « Nazaréens » est le cheval de bataille des islamophobes depuis quelques années, car ils croient avoir trouvé avec ce sujet un moyen de combattre et nier l’Islam. Les Nazaréens étaient considérés par l’Eglise comme une « hérésie » ; donc, pour ces auteurs antimusulmans, faire le lien entre l’Islam et les Nazaréens revient pour eux à définir l’Islam comme une « hérésie judéo-chrétienne », ce qui parait a priori très insultant de leur point de vue. Cependant, ce raisonnement pour attaquer l’Islam s’avère peu judicieux, car une analyse historique approfondie de la communauté des Nazaréens, loin de discréditer l’Islam, prouve non seulement que l’Islam est la seule religion conforme au message de Jésus, mais révèle aussi que c’est le christianisme trinitaire qui représente une effroyable hérésie vis-à-vis du message de Jésus. Pour comprendre, il faut revenir à l’époque de Jésus et la naissance de ces trois religions :

Les Nazaréens étaient tout simplement le groupe de fidèles de Jésus, qui était présidé, après son ascension, par Jacques et les autres apôtres, comme le relatent les textes chrétiens apostoliques. Ce groupe respectait les commandements de la Thora et croyait en Jésus. Ils vécurent à Jérusalem et dans ses environs environ cent ans après la disparition de Jésus. Puis ils furent chassés de Judée en 135 après la deuxième victoire des Romains contre les Juifs. Après cela, les Nazaréens se sont dispersés au nord de l’Irak actuel, en Syrie, et surtout en Jordanie.

Le christianisme a été fondé par Paul de Tarse qui a créé à Antioche un mouvement indépendant du groupe des apôtres restés à Jérusalem. Paul formula ensuite une doctrine radicalement différente de celle de Jésus et de ses apôtres, en rejetant notamment la Loi juive (Thora). Rapidement appelés « chrétiens » (par opposition à Nazaréens) ce groupe se diffusa dans l’empire romain.

Les juifs actuels sont les héritiers d’un courant parmi d’autres qui existaient au sein du judaïsme antique : le courant pharisien. Tous les autres courants ont disparu subitement après les deux défaites que les Juifs ont subi contre les Romains.

Dans les nombreuses études qui ont été faites sur les Nazaréens depuis une vingtaine d’années, les chercheurs occidentaux prétendent que l’histoire des Nazaréens devient obscure vers le Ve et VIe siècles. Or, c’est l’inverse, car grâce aux sources musulmanes, nous possédons des informations précises et cruciales qui rendent l’histoire de cette communauté plus détaillée à partir du Ve siècle. Mais toujours en vertu du principe selon lequel les sources musulmanes doivent être démenties, parce que « musulmanes », ces chercheurs ne les prennent pas en compte. Ainsi, les chroniques d’Ibn Kathîr nous apportent des détails qui permettent de retracer très précisément ce qui s’est passé entre les années 550 et 610.

On sait par exemple que certains de leurs monastères se situaient dans la région de Mossoul au nord de l’actuel Irak, mais la plupart de leurs monastères et de leurs doctes étaient installés en Jordanie, sur la route qui reliait La Mecque à Damas. On sait, grâce à l’histoire du notable de Tâif, Abdullah Ibn Salit (qui n’était pas musulman) que les Nazaréens attendaient l’ultime Prophète, le « Promis » (al-Ma’ûd) qui viendrait de « la ville du Temple des Arabes ». Toujours grâce à son témoignage, on sait qu’ils possédaient des textes sacrés qui décrivaient ce Prophète et l’époque de son avènement. Comme les Juifs de l’antiquité, ils attendaient donc un « nouveau Moïse » qui était l’une des appellations pour désigner Muhammad (صلى الله عليه وسلم), car ce dernier, comme Moïse, a fondé une communauté avec ses lois et ses institutions.

Je renvoie ici à mon livre consacré à ce sujet : « La voie des Nazaréens » où je traite des Nazaréens, leurs origines et leur doctrine.

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[1] http://vb.tafsir.net/tafsir26940/#.VhJF-X2DvDc

[2] Cf : Muhammad Ridha. Abû Bakr as-Siddîq. Dâr al-Maktabah al-‘ilmiyya. p181.

[3] Muhammad Ridha. ‘Uthmân ibn ‘Affân. p20.

[4] Târîkh al-Qur-ân al-Karîm. P.146

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