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La prédication de Jésus – Extrait “La voie des Nazaréens”

La prédication de Jésus – Extrait “La voie des Nazaréens”

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Les trois limites de la prédication de Jésus

Le discours chrétien présente un Jésus délivrant un message à portée universelle, s’adressant à tous les « Hommes ». Or, son message est tout sauf universaliste car Jésus ne s’intéresse absolument pas à l’Humain. Malgré la conception largement répandue en Occident, Jésus s’adresse uniquement aux individus appartenant à la nation juive, « les brebis perdues du peuple d’Israël ».

Quand il dit « aime ton prochain comme toi-même », il s’adresse uniquement aux Israelites, car il reproche à leur société son état de déliquescence, la perte des valeurs et du lien social. De plus, il méprise totalement les païens extérieurs au monde juif. Dans les quatre Evangiles apparaissent trois limites à sa prédication :


1. Une limite communautaire et religieuse

Jésus ne s’intéresse pas aux païens qui vivent en Palestine, ni aux Romains. Il s’adresse donc exclusivement « aux brebis dispersées de la maison d’Israël ». Le Coran précise qu’il est un Messager destiné aux « enfants d’Israël » contredisant la prétention à l’universalité du christianisme :

{Dieu lui enseignera l’Ecriture, la Sagesse, le Pentateuque et l’Evangile. Puis il sera Son envoyé auprès des fils d’Israël} (Coran 3.48-49).

Les Évangiles sont très claires à ce sujet et ne prêtent à aucune équivoque quant au destinataire de son message (« Jésus répondit : je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues du peuple d’Israël » ; Matthieu, 15/24). Jésus en vient même à comparer les non-Juifs aux « chiens » quand une cananéenne le supplie de guérir sa fille : « Jésus répondit : “il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens”. » (Matthieu, 15/26).

Et les seules fois qu’il accorde ses miracles à des non-Juifs, c’est après une sollicitation claire et insistante venant d’eux. Dans le cas de la Cananéenne, cette dernière répond à Jésus :

« “C’est vrai Maitre, dit-elle, pourtant même les chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maitres.” Alors Jésus répondit : “Oh ! Que ta foi est grande ! Dieu t’accordera ce que tu désires”. » (Matthieu, 15/28)

Et dans le cas du capitaine romain :

« Quand le centurion entendit parler de Jésus, il lui envoya quelques anciens des Juifs pour lui demander de venir guérir son serviteur. Ils arrivèrent auprès de Jésus et se mirent à le prier avec insistance. » (Luc : 7/1-10).


2. Une limite géographique

Indépendamment de la limite religieuse et communautaire, Jésus ajoute une limite géographique à sa prédication, puisque jamais lui ou ses apôtres ne dispensent leur enseignement en dehors des frontières de la Judée, de la Galilée et exceptionnellement de la Samarie. Il existe pourtant à cette époque de nombreuses communautés juives éparpillées dans l’empire romain et au coeur des régions païennes.

Mais quand Jésus envoie ses douze apôtres pour prêcher les Juifs, il leur demande de ne pas entrer dans les villes peuplées en majorité de polythéistes. Il prive ainsi de son message les Juifs dispersées dans l’empire romain (« Jésus envoya ces douze hommes en mission avec les instructions suivantes : Évitez les régions où habitent les non-juifs et n’entrez dans aucune ville de Samarie. Allez plutôt vers les brebis perdues du peuple d’Israël. » – Matthieu, 10/5)[1].

En conséquence, son message se diffuse exclusivement dans les territoires de Judée et ses environs (Luc 6/17 et Jean 3/22).


3. Une limite sociale et doctrinale

Enfin, le message de Jésus s’adresse exclusivement à certains courants du judaïsme antique ou aux gens du peuple qui ne sont affiliés à aucun courant. Il restreint de la sorte son public à certaines franges sociales et idéologiques du peuple israélite de Palestine. Il évite les membres de la secte des Samaritains qui constitue pourtant une branche dissidente du judaïsme primitif (n’entrez dans aucune ville de Samarie) et rejette violemment les Pharisiens, alors que ceux-ci semblent réceptifs à son discours dans les premiers temps.

Il limite également les contacts avec la secte dominante des Saducéens et ne va jamais à leur rencontre. Les rares contacts avec eux sont le fait des Saducéens qui vont à sa rencontre pour l’interroger, comme dans l’Evangile de Marc où ils le questionnent sur la résurrection des morts (Marc, 12/18).



Un discours ferme et autoritaire

La seconde erreur est de considérer Jésus sous un angle « angéliste », en présentant son message comme un hymne à l’amour et la Paix, selon les critères moralistes de nos contemporains. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à le décrire comme un philosophe, voire un précurseur des valeurs « universelles » :

« Le Christ enseigne aussi une éthique à portée universelle : égale dignité de tous, justice et partage, non-violence, émancipation de l’individu à l’égard du groupe et de la femme à l’égard de l’homme, liberté de choix, séparation du politique et du religieux, fraternité humaine. »[2].

Mais contrairement à cette image de Jésus véhiculée en Occident, son enseignement n’était pas porté sur « l’amour et la paix ». Ses paroles étaient même très virulentes. D’ailleurs, Jésus lui-même met en garde contre une telle conception de son message :

« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre, je ne suis pas venu apporter la paix, mais le combat. Je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère. On aura pour ennemi les membres de sa propre famille. » (Matthieu 10/34) ; « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division ! » (Marc, 12/51).

Même avec ses fidèles, Jésus se montre parfois agacé :

« Gens mauvais et sans foi que vous êtes ! Combien de temps encore devrai-je rester avec vous ? Combien de temps encore devrai-je vous supporter ? » (Luc 9/41)

Il consacre ainsi la majorité de son discours à réprouver le comportement des courants juifs majoritaires et à les vilipender. Comme le rapportent les Evangiles, il parle au peuple « avec autorité » :

«Les gens étaient impressionnés par sa manière d’enseigner, car il parlait avec autorité. » (Luc, 4/32).

Cette attitude ferme, voire agressive, est cohérente avec la mission prophétique de Jésus. Il n’est pas le fondateur d’une nouvelle religion ou d’une nation, venu extirper du paganisme un peuple ignorant. Il était un prophète réformateur auprès d’un peuple qui se disait élu de Dieu, mais chez lequel il ne voit qu’iniquité et hypocrisie.

Dans l’Evangile selon Matthieu, les passages consacrés à ce thème sont largement dominants : « Jésus-Christ met en garde contre les maitres de la loi et les Pharisiens » ou « Christ dénonce l’hypocrisie des maitres de la loi et des Pharisiens ».

Pour les déstabiliser et créer le débat, Jésus utilise parfois l’arme de la provocation dans le but de mettre en lumière leurs contradictions :

« Les Pharisiens et quelques maitres de la Loi venus de Jérusalem s’assemblèrent autour de Jésus. Ils remarquèrent que certains de ses disciples prenaient leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire sans les avoir lavées selon la coutume. Les Pharisiens et les maitres de la Loi demandèrent donc à Jésus : “Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas les règles transmises par nos ancêtres, mais prennent-ils leurs repas avec des mains impures ?” » (Matthieu, 7/1-2).

Jésus profite alors de cette remarque, pour leur reprocher de pratiquer les rites quotidiens avec assiduité sans que cela n’émane d’une véritable fidélité aux « principes » :

« Jésus leur répondit “Isaïe avait bien raison lorsqu’il prophétisait à votre sujet. Vous êtes des hypocrites, ainsi qu’il l’écrivait : ‘Ce peuple, dit Dieu, m’honore en paroles, mais de coeur il est loin de Moi.’” » (Marc, 7/5-6).

Les propos de Jésus déclenchent la stupeur des Pharisiens, « scandalisés » par cette virulence :

« Les disciples s’approchèrent alors de Jésus et lui dirent “Sais-tu que les Pharisiens ont été scandalisés de t’entendre parler ainsi ?” » (Matthieu, 15/12).

Jésus utilise également l’exagération, des images fortes pour choquer et interpeller son auditoire. Face au discours convenu et hypocrite de la classe rabbinique, Jésus n’hésite pas à user de formulations percutantes, à la fois pour bousculer le discours conformiste de ses adversaires, mais aussi imprimer son propre message.

Par exemple, pour dénoncer les personnes d’influence qui sont la cause volontaire ou non de « péché » pour les autres, il affirme qu’il est préférable pour elles d’être noyées plutôt que de porter cette responsabilité :

« Jésus dit à ses disciples : “Il est inévitable qu’il y ait des faits qui entrainent les hommes à pécher. Mais malheur à celui qui en est la cause ! Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attache au cou une grosse pierre et qu’on le jette dans la mer, plutôt que de faire tomber dans le péché un seul de ces petits.” » (Luc, 17/1-2).

Pour dénoncer les autres péchés, Jésus utilise les mêmes procédés verbaux. Dans une société rongée par la corruption des moeurs, il affirme qu’il vaut mieux s’amputer de plusieurs membres plutôt que de tomber dans le péché :

« Eh bien moi je vous le déclare : tout homme qui regarde la femme d’un autre en la désirant a déjà commis l’adultère avec elle en lui-même. Si donc c’est à cause de ton oeil droit que tu tombes dans le péché, arrache-le et jette-le loin de toi. Il vaut mieux pour toi perdre une seule partie de ton corps que d’être jeté tout entier dans le Feu. Si c’est à cause de ta main droite que tu tombes dans le péché, coupe-là et jette-la loin de toi (…) » (Matthieu, 5/28-30).

Ces exagérations verbales sont inversement proportionnelles aux tares qu’il attribue aux Pharisiens. Ainsi, quand il leur reproche leur cupidité, leur absence de mansuétude et de pardon, il leur donne des commandements inversement excessifs :

« Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre, si quelqu’un te prend ton manteau, laisse-le prendre aussi ta chemise. » (Luc, 6/29).

Il faut comprendre ces paroles comme une stratégie de prédication. Il force le trait de manière à interpeller ses interlocuteurs, susciter l’étonnement et rendre plus évident l’écart entre le comportement cupide et inique de ses contemporains, avec l’attitude clémente et fraternelle prônée par le message divin. Il frappe ainsi les esprits par des paroles imagées et capte l’attention sur son message.



Un message menaçant

Cette agressivité de Jésus envers son peuple fait partie intégrante de sa prédication, qui tranche avec les conceptions en vigueur chez les Juifs à cette époque. En effet, les Juifs se concevaient comme des victimes d’une agression étrangère.

Avec la dialectique du cadavre et du vautour, Jésus renverse ce tableau en affirmant que l’impiété et l’infidélité à la religion sont au cœur du peuple juif et que la domination de l’empire romain n’est que la juste contrepartie de leurs déviances, l’instrument de Dieu pour les châtier. C’est à ce titre qu’il profère des menaces contre son peuple et qu’il annonce de terribles calamités à venir. Il prédit ainsi la destruction du Temple de Jérusalem :

« Comme certains disaient du Temple qu’il était orné de belles pierres et d’offrandes votives, il dit : “De ce que vous contemplez, viendront des jours où il ne restera pas pierre sur pierre : tout sera jeté bas.” » (Luc, 21/5-6)

Il décrit même avec beaucoup de précision l’invasion de l’armée romaine qui allait se dérouler trente années plus tard lors de la première guerre judéo-romaine (66-73) :

« “Mais lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, alors comprenez que sa dévastation est toute proche. Alors, que ceux qui seront en Judée s’enfuient dans les montagnes, que ceux qui seront à l’intérieur de la ville s’en éloignent, et que ceux qui seront dans les campagnes n’y entrent pas. (…) Ils tomberont sous le tranchant du glaive et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par des païens jusqu’à ce que soient accomplis les temps des païens. » (Luc 21/20-22)

Il précise que cette invasion militaire étrangère ne sera rien d’autre qu’une « vengeance », une juste contrepartie de leurs fautes : « car ce seront des jours de vengeance, où devra s’accomplir tout ce qui a été écrit. ».

Il déclare également qu’à partir de cette époque, la prophétie et l’élection divine est retirée aux Israélites et qu’elle sera confiée à une autre souche. Dans la parabole du vigneron, il déclare que le « maitre de la vigne » décide de punir les vignerons et de donner la vigne en héritage à d’autres :

« Que leur fera donc le maître de la vigne ? Il viendra, fera périr ces vignerons et donnera la vigne à d’autres. » (Luc, 20/15-17)

Cette menace est répétée dans la parabole de la pierre angulaire :

« Mais, fixant sur eux son regard, il dit : “Que signifie donc ceci qui est écrit : La pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue la pierre angulaire ?” » (Luc, 20/18)[3]

Pour Jésus, ces calamités ne sont donc pas décrites comme d’injustes épreuves. La domination politique et militaire des Romains ne constitue pas en soi un problème, puisqu’il est la conséquence bien méritée de la décadence du peuple juif.

De cette manière, il prend le contrepied total de la démarche « nationaliste » qui consistait à s’apitoyer sur le sort des Juifs, à les présenter comme un peuple saint aux prises avec un ennemi extérieur impie. Il utilise la prédication comme un moyen de radicalisation des clivages dans la société juive.

Car en prêchant le peuple, il parvient à extraire et réformer les éléments sains, tout en faisant apparaitre l’ensemble des « incroyants » qui rejettent avec force son message (Lorsqu’il pressentit leur incroyance – Coran 3.52). Le clivage de plus en plus affirmé au sein des Juifs aboutit, avant la disparition de Jésus, à la situation décrite dans le Coran : {Une partie des enfants d’Israël crut, tandis que les autres renièrent} (Coran 61.14), ce qui était le véritable but de sa mission.

Le parti zélote avait emprunté successivement ces deux voies. Au début, ils étaient dans une attitude de « victimisation » puisqu’ils dirigeaient leur hostilité contre les Romains et considéraient les Juifs comme des victimes, sans voir leur responsabilité.

Mais pendant la première guerre judéo-romaine, quand les Zélotes prennent enfin conscience du degré de dégénérescence du peuple comme des élites religieuses qui penchent vers la domination romaine, ils sombrent alors dans une folie meurtrière dirigée contre ce peuple juif.

Jésus quant à lui, prônait une attitude médiane : il blâme son peuple et dirige contre lui toutes les critiques, mais sans recourir à la violence contre ce peuple. Pour cela, il a diffusé une nouvelle compréhension de la réalité historique à la lumière des textes révélés.

Cette action réformatrice a permis d’extraire de l’égarement une partie du peuple et de faire éclater au grand jour le reniement des autres. La prédication de Jésus avait donc pour objectif final de créer une frontière au sein de la communauté juive entre les vrais croyants et les « hypocrites », comme il le dit dans la parabole de la moisson :

« Voulez-vous que nous allions la ramasser ? “Non, dit-il, de peur qu’en ramassant l’ivraie vous n’arrachiez aussi le bon grain. Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d’abord l’ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler ; quand au bon grain, amassez-le dans mon grenier.” » (Matthieu, 13-28-30)

Cette parabole fait écho dans le Coran aux versets consacrés au dévoilement des hypocrites :

{Afin que Dieu distingue les bons des mauvais, et qu’Il rassemble les mauvais les uns avec les autres pour en faire un même groupe qu’Il jettera dans le Feu}(Coran 8.37).

Si on considère que la mission de Jésus était de diviser le monde juif entre les croyants et les « hypocrites », cet objectif a été manifestement atteint.



Quel public Jésus cible-t-il ?

Au sein de la population, il cible en priorité les masses et se détourne des religieux. Il semble d’ailleurs que son message touche davantage les gens du commun, que les Pharisiens disciples des Docteurs de la Loi :

« les collecteurs d’impôts et autres gens de mauvaise réputation s’approchaient tous de Jésus pour l’écouter. » (Luc 15/1)

C’est d’ailleurs l’un des reproches que lui adressent les Pharisiens :

« Beaucoup de collecteurs d’impôts et d’autres personnes étaient à table avec eux. Les Pharisiens et les maitres de la Loi qui étaient de leur parti critiquaient cela. Ils dirent aux disciples de Jésus “Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les collecteurs d’impôts et autres gens de mauvaise réputation ?” » (Luc, 5/29)

Ailleurs, il est dit :

« Les Pharisiens et les maitres de la Loi critiquaient Jésus. Ils disaient : “Cet homme fait bon accueil aux gens de mauvaise réputation et mange avec eux. » (Luc 15/2).

Ce passage souligne l’orgueil d’individus qui se jugent plus pratiquants et qui méprisent le croyant ordinaire. Jésus arrive à une époque de renouveau et d’ébullition du sentiment religieux. Il existe dans la population juive une généralisation de la pratique religieuse.

Une minorité de pratiquants s’estime supérieure à la masse des croyants et demeure en vase clos. Cette situation a pour conséquence un « cloisonnement » de l’enseignement religieux. La réponse de Jésus à ces Pharisiens permet de définir la cible de sa prédication :

« Jésus leur répondit : “les personnes en bonne santé n’ont pas besoin de médecin, ce sont les malades qui en ont besoin. Je ne suis pas venu appeler ceux qui s’estiment justes, mais ceux qui se savent pécheurs pour qu’ils changent de comportement.” » (Luc, 5/31)

Jésus ne vise donc pas à réunir une élite de pratiquants déjà constituée. Il se détourne au contraire de cette élite religieuse et conteste même leur prétendue supériorité spirituelle en précisant qu’ils « s’estiment justes ». Au contraire, il se tourne vers la masse des croyants, qui sont imparfaits dans leur pratique et leur compréhension du message religieux, mais qui ont l’immense qualité d’être humbles, car ils sont conscients de leur réel niveau spirituel : « mais ceux qui se savent pécheurs pour qu’ils changent de comportement ».

Il sous-entend ainsi que les Pharisiens sont autant dans l’erreur que le commun, mais qu’ils ne le savent point. Dans une parabole, Jésus paraphrase les paroles d’un Pharisien pour dénoncer leur orgueil[4] :

« Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : “Ô Dieu, je te remercie de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, mauvais et adultères. Je te remercie de ce que je ne suis pas comme ce collecteur d’impôts. Je jeûne deux jours par semaine et je te donne le dixième de tous les revenus. » (Luc, 18/11)

Il décrit ensuite le croyant humble du commun, sous les traits du collecteur d’impôt méprisé par les Pharisiens :

« Le collecteur d’impôt se tenait à distance et n’osait pas même lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine et disait : “O Dieu aie pitié de moi, qui suis un pêcheur”. Je vous le dit, ajouta Jésus, cet homme était en règle avec Dieu quand il retourna chez lui, mais pas le Pharisien. En effet, quiconque s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. » (Luc 18/13-14)

Un discours rassembleur

Si le message de Jésus exclut les deux courants majoritaires qui s’accommodent de la situation politique du peuple juif, les autres courants minoritaires qui ont pris conscience de la gravité de la situation, mais divergent entre eux sur la solution à apporter, ne sont jamais explicitement cités par Jésus, ni critiqués.

Le fait qu’il ne cite nommément que les Pharisiens et les Saducéens et qu’il ne critique pas ouvertement les autres courants judaïques de l’époque, crée une distinction entre deux grandes familles de doctrines : celles qui s’accommodent de la situation du peuple juif, son degré de corruption, sa soumission à une tutelle étrangère et l’influence d’une culture païenne, et celles qui s’affligent de tout cela.

Sur la base de cette distinction, il renie ceux qui s’accommodent de la situation et interpelle ceux qui la dénoncent. Il ne cite jamais la deuxième catégorie représentée par les Zélotes, les Sicaires et les Esséniens et ne leur adresse aucune critique, bien que son mouvement soit majoritairement composé d’individus issus de leurs rangs.

Ces tendances minoritaires dénoncent toutes la situation de décadence de la nation israélite. Elles se divisent uniquement sur la solution à apporter : la lutte armée, la subversion, l’attente du messie ou l’ostracisme.

Nous interprétons le silence de Jésus à leur sujet, comme un moyen de taire les divisions et de rassembler le peuple au-delà des clivages doctrinaux. Comme il ne les stigmatise pas, il cherche implicitement une concorde et une communion de tous ces courants à l’intérieur d’un mouvement religieux uni.



A. Soleiman Al-Kaabi
Extrait du livre “La voie des Nazaréens“, p.39 – 47

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[1] Comme le rappelle S. Benetreau : « Il n’y aurait eu, en fait, pour l’ensemble du mouvement chrétien, aucune volonté de se couper des racines juives, Jésus rentrant dans la lignée des prophètes d’Israël. » BENETREAU Samuel. « Les premiers chrétiens avaient-ils l’esprit missionnaire ? »
[2] LENOIRE, Frédéric. Le Christ philosophe. Broché, 2009.
[3] La lignée d’Ismaël est la pierre rejetée par les fondateurs de la nation élue, puisqu’Abraham a l’ordre de déposer son fils dans le désert. Jésus annonce donc ici que les enfants d’Ismaël deviennent la pierre angulaire de la nouvelle nation.
[4] « Jésus dit la parabole suivante à l’intention de ceux qui se croyaient justes aux yeux de Dieu et méprisaient les autres » (Luc 18/9)

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