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La conversion de Khalid – [Extrait du livre “Sayfollah”]

La conversion de Khalid – [Extrait du livre “Sayfollah”]

[...]

Le désert. A l’horizon nulle vie et nulle culture. Dans ses rêves, Khalid se voyait transporté vers des paysages luxuriants. Une terre vaste et verdoyante s’offrait à lui. Ces images hantaient Khalid ; ce rêve signifiait assurément quelque chose, mais quoi ? Après la signature du pacte de Hudaybiya, Khalid vécut une période de profonde réflexion.

L’année suivante, comme prévu, les musulmans effectuèrent le pèlerinage. La plus grande partie des mecquois quittèrent la ville pendant trois jours et s’installèrent en périphérie de La Mecque. Khalid partit lui aussi. Son frère Walid était venu avec le Prophète (صلى الله عليه وسلم) pour accomplir le pèlerinage. Quand ils parvinrent à La Mecque, Walid chercha à voir son frère. Mais comme Khalid n’était pas là, il laissa aux habitants une lettre à son attention :

Cher frère, écrivait-il, rien ne m’est plus étrange que tes réticences envers l’Islam. Seule l’ignorance pourrait les expliquer. Mais je pense que dans l’avenir tu seras des nôtres. Notre Prophète (صلى الله عليه وسلم) me demande souvent de tes nouvelles alors je lui dis que bientôt tu nous rejoindras…

Lui qui avait combattu l’Islam et qui avait mis son talent au service de la lutte contre le Prophète (صلى الله عليه وسلم) ne pouvait dresser à présent qu’un constat d’échec. Mais la personnalité du Prophète (صلى الله عليه وسلم) suscitait en lui des interrogations.

Comment cet homme étranger au monde militaire avait pu accomplir tant d’exploits ? Et puis qui pouvait vaincre Khalid si ce n’est un homme guidé par une puissance céleste ? A la bataille d’Ohod, les musulmans avaient réussi à éviter la défaite malgré la manœuvre géniale de Khalid. La manière dont le Prophète (صلى الله عليه وسلم) avait organisé ses troupes, qu’il avait procédé à des formations de combat ainsi que son habileté à conduire une armée largement inférieure à ses adversaires, tout cela impressionnait fortement Khalid.

Par ailleurs, comment le Prophète (صلى الله عليه وسلم) avait-il pu ravir la victoire des mains des Qorayshites à la bataille des Coalisés ? Ces derniers avaient minutieusement préparé cette guerre, ils avaient pris toutes les précautions nécessaires et avaient réuni des forces telles que la victoire leur était assurée. Pourtant la tranchée que les musulmans avaient creusée, anéantit tous leurs espoirs. La grande armée des Qorayshites revenait à La Mecque une fois encore humiliée.

Quant à la campagne de Hudaybiya, lorsque Khalid tenta de s’opposer à l’avance des musulmans, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) le surpassa avec une manœuvre de diversion. Khalid pensait à cet homme et ne pouvait qu’être admiratif des qualités exceptionnelles et troublantes dont le Prophète (صلى الله عليه وسلم) était paré. Assurément il était guidé et protégé par une force Toute-puissante.

Après le petit pèlerinage avorté des musulmans, le doute s’insinuait dans l’esprit de Khalid quant à ses engagements et ses choix : combattait-il dans le bon camp ? Il n’avait jamais, avant cela, été porté sur les questions religieuses et ne faisait preuve que de très peu de dévotion à l’égard des divinités de son peuple, mais il était à présent absorbé par toutes ces interrogations spirituelles et s’instaurait progressivement en lui l’idée que Dieu était un dieu unique et que l’Islam était la religion vraie.

Deux mois après le pacte de Hudaybiya, sa foi en l’Islam s’affermissait chaque jour et alors qu’il conversait avec Ikrimah et d’autres, il leur dit :

« Il est évident que Muhammad n’est ni un poète, ni un sorcier comme vous le prétendez. Je crois que son message est divin, et toute personne censée, devrait le suivre. ».

Ikrimah fut foudroyé par ces paroles :

« Vas-tu, toi aussi renier notre religion ? dit-il. Il est indécent que tu dises cela parmi nous alors que nombre de Qorayshites ont été tués dans les batailles par les musulmans. Quant à moi je n’aurai jamais foi en Muhammad ».

Khalid répondit :

« Cela n’est là qu’une question d’ignorance ».

Quand Ikrimah rapporta ces paroles à Abu Sufyan et la volonté explicite de Khalid de rejoindre les rangs de l’Islam, il convoqua les deux jeunes guerriers :

- « Est-ce vrai ce que j’ai entendu de toi ? »

- « Et qu’as-tu entendu ? »

- « Il parait que tu veux rejoindre Muhammad… »

- « Et alors ? N’est-il pas l’un des nôtres après tout ? »

Abu Sufyan se mit en colère et le menaça, mais Ikrimah s’interposa et lui dit :

« Calme-toi Abu Sufyan, sinon tu vas me convaincre moi aussi, de me joindre à Muhammad. Khalid est libre de choisir son camp après tout … »

Abu Sufyan céda. Cette nuit-là, Khalid prit son armure, son épée et déposa ses affaires sur son cheval. Au petit matin, il quittait La Mecque et partit en direction de Médine. Cet exil devait le séparer de son clan et de sa tribu pour plusieurs années. Il faisait ainsi la même expérience amère que des centaines d’autres mecquois avaient faite avant lui : quitter son pays pour rejoindre ses frères de foi. En partant, il regarda La Mecque, sa patrie, sans savoir si un jour il la reverrait…

L’arrivée à Médine :

En Chemin, il rencontra Amrou Ibn Aç, puis Osman Ibn Talha. Ces derniers quittaient eux aussi La Mecque pour se convertir à l’Islam ; chacun d’eux fut surpris de la conversion des deux autres. Ces trois qorayshites comptaient, en effet, auparavant parmi les chantres de la lutte contre l’Islam. Ils arrivèrent aux abords de Médine le premier du mois de Safar de l’année 8 de l’hégire. Avant d’entrer dans la ville, un groupe de musulmans, dont le frère de Khalid, vinrent à leur rencontre :

« Allez dépêche-toi Khalid, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) t’attend. Il est heureux de votre arrivée ! ».

Khalid entra le premier dans la demeure du Prophète (صلى الله عليه وسلم) et prononça les « deux témoignages » qui firent de lui un musulman :

« J’atteste qu’il n’est d’autre divinité que Dieu et j’atteste que tu es Son messager. »

Le Prophète (صلى الله عليه وسلم) lui dit :

- « Loué soit Dieu, qui t’a guidé à la vérité. Je voyais en toi des qualités et je souhaitais qu’elles ne servent pas de mauvaises causes. »

- « J’espère, dit Khalid, que Dieu me pardonnera les maux que j’ai commis auparavant ».

Il désignait ainsi sa lutte contre l’Islam et le fait qu’il ait tué au combat nombre de croyants. Le Prophète (صلى الله عليه وسلم) dit :

« L’acceptation de l’Islam abolit les fautes passées, Dieu efface ces méfaits »

Tout ce qu’il avait fait dans le passé, tous les musulmans qu’il avait tués, tout cela fut pardonné ; il fut chaleureusement accueilli par ses anciens amis, qui s’étaient convertis avant lui. La joie gagna ainsi les musulmans qui comptaient désormais dans leurs rangs le plus grand stratège de son époque.

Il devint l’un des plus proches compagnons du Messager de Dieu (صلى الله عليه وسلم). Il écoutait ses paroles et ses discours et apprit de lui les enseignements et la sagesse.



La bataille de Moatah :

Trois mois à peine après sa conversion, l’occasion s’offrit à Khalid de prouver son dévouement à la nouvelle religion. Le Prophète (صلى الله عليه وسلم) avait envoyé un messager auprès de la grande tribu arabe des Bani Ghassan[1] qui peuplait le nord de la péninsule ; la région de la grande Syrie appelée Cham en arabe.

Les dignitaires de cette puissante tribu géraient la région en collaboration avec leurs coreligionnaires byzantins qui leur avaient accordé une autonomie partielle. La « capitale » de cette tribu était la ville de Bosra au sud de Damas. En arrivant aux frontières de l’empire, le messager musulman fut assassiné par Sharabil Ibn Amrou, membre éminent de la tribu des Ghassan.

D’ailleurs, cet acte était d’autant plus odieux que le meurtre ou l’agression des diplomates et des messagers était honni dans les coutumes arabes avec plus de force encore que dans la plupart des autres cultures. Cet événement déclencha donc la colère des musulmans à Médine ; une telle abomination ne pouvait rester sans réponse au risque de laisser croire que les musulmans faiblissaient. Une armée fut aussitôt levée. Le Prophète (صلى الله عليه وسلم) désigna Zeyd Ibn Haritha commandant en chef de l’armée :

« Si Zeyd tombe, dit-il, que Jaafar lui succède, si Jaafar tombe aussi, qu’Abdallah Ibn Rawaha prenne le commandement. Et si Abdallah est tué, vous aurez la charge de désigner parmi vous un commandant ».

Puis le Prophète (صلى الله عليه وسلم) remit entre les mains de Zeyd un étendard blanc et lui assigna sa mission qui consistait à se rendre dans la région de Moatah, à la frontière de l’empire et rechercher l’assassin :

« Quand vous arriverez à Moatah, appelez ses habitants à l’Islam. S’ils acceptent, qu’aucun mal ne leur soit fait ».

Les moudjahiddins prirent leurs armes et leurs équipements et se préparèrent au départ ; ils étaient près de 3000 combattants. Khalid se joignit à l’armée en tant que simple soldat, mais les croyants ignoraient ce qui les attendait vraiment. Les contingents quittaient Médine un à un, tandis que le Prophète (صلى الله عليه وسلم) donnait ses dernières instructions aux soldats musulmans :

« Je vous enjoins à la piété et à la mansuétude envers les croyants. Combattez par le nom de Dieu, sur le chemin de Dieu ; combattez ceux qui mécroient en Dieu. Ne trahissez point et n’opprimez point. Ne tuez ni la femme, ni l’enfant, ni le vieillard, ni l’ermite. Ne brûlez ni arbre, ni plantation et ne saccagez point les demeures »

Les tribus syriennes qui s’attendaient à des représailles à la suite d’un acte aussi grave, s’étaient préparées à un affrontement et avaient alerté les autorités byzantines. A peine les musulmans avaient-ils quitté Médine, que les Byzantins levèrent plusieurs régiments afin de contrer leur progression et appuyer leurs alliés de la tribu des Ghassan. Les éclaireurs musulmans, qui devançaient les troupes, comprirent rapidement que la situation était plus sérieuse que prévue.

Les informations qu’ils collectèrent auprès des habitants des frontières du Cham confirmèrent qu’un des généraux de l’empereur en personne était venu en Syrie et stationnait à proximité de Balka à la tête de plusieurs divisions. Les musulmans firent halte à mi-chemin alors que les informations alarmantes se confirmaient : l’armée byzantine venait à leur rencontre et approchait les vingt milles soldats, appuyés par des contingents arabes de la tribu des Bani Ghassan. Zeyd réunit donc les responsables :

« Il faut informer le Prophète (صلى الله عليه وسلم) de la situation, peut-être nous accordera-t-il des renforts ou nous donnera-t-il d’autres instructions ».

Mais la plupart pensèrent qu’il ne fallait pas perdre de temps et que leur devoir était de combattre quel qu’en fut le prix. Abdallah Ibn Rawaha était le plus résolu d’entre eux :

« Nous ne sommes pas venus pour une victoire facile et une vie sans honneur ; c’est le Paradis qui attend les braves. Combattons ! ».

L’armée reprit donc sa marche. Quand ils arrivèrent à Moatah, l’armée qui les attendait était gigantesque. Les musulmans furent impressionnés par l’armement des soldats ennemis. Abu Hurayra qui participait à cette bataille fut impressionné par le faste et la grandeur de l’armée byzantine. L’équipement et les chevaux de cette armée étaient fortement supérieurs aux leurs. L’un des compagnons qui était avec lui, lut la frayeur sur son visage et lui dit :

« Ô Abu Hurayra n’aie pas peur. Tu n’as point participé à la bataille de Badr ; crois-moi ce n’est pas le nombre, ni les richesses qui comptent, loin de là ».

Quand la bataille débuta, Zeyd se jeta dans la mêlée et combattit les ennemis avec fureur, mais il périt sous les coups de sabre des Byzantins. Jaafar prit alors sa relève à la tête de l’armée. Au même moment à Médine, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) était entouré de ses proches et discutait avec eux. Quand soudain ils virent des larmes couler sur ses joues. Ils comprirent qu’un événement grave venait de se produire. L’un d’eux dit :

-« Qu’y a-t-il ô Messager de Dieu (صلى الله عليه وسلم) ? Quelque chose t’est parvenu ? ».

-« Zeyd a été tué, répondit-il, Jaafar a pris sa succession ».

Il se tut puis dit :

« Jaafar a été tué également, Abdallah lui a succédé ».

A Moatah, Jaafar tenait l’étendard dans une main et combattait de l’autre. Les soldats byzantins se ruèrent sur lui pour le tuer. Il se défendit et les repoussa mais frappé au bras droit, l’étendard lui échappa. Il le saisit de la main gauche et fut de nouveau frappé. Assailli de toute part, il s’écroula tandis qu’Abdallah reprenait le flambeau.

A Médine, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) fit réunir les musulmans en urgence et leur annonça que les deux premiers généraux qu’il avait nommés venaient de tomber en martyres :

« …Puis Abdallah Ibn Rawaha a été tué. Le commandement est revenu… au Glaive de Dieu ! »

L’entrée en scène de Khalid Ibn el Walid. Les trois généraux venaient de périr. L’organisation de l’armée islamique était menacée ; la défaite imminente. Mais quand Abdallah Ibn Rawaha tomba, un soldat était parvenu à récupérer l’étendard à terre et en se tournant vers ses camarades, il cria :

« Croyants ! Désignez parmi vous un chef ! »

L’urgence de la situation avait tout de suite réveillé les instincts militaires de Khalid Ibn el Walid qui entra en action en prenant aussitôt l’initiative du commandement. Tous s’accordèrent à le conforter dans sa fonction et le désignèrent donc comme chef de l’armée. Il se saisit de l’étendard et ordonna alors un repli temporaire des troupes, et tandis que les deux armées rompaient le contact, il réorganisa les lignes de soldats musulmans.

Puis la bataille reprit et la résistance redoubla d’ardeur ; Khalid était le premier à se jeter sur les rangs ennemis. Il brisa ce jour-là, neuf sabres contre les boucliers et les épées adverses, et tua pléthore de romains. A la fin des combats, il ne lui restait qu’un sabre court de défense. Le chef de l’aile droite des musulmans, Qotba Ibn Qatada parvint à tuer le chef des tribus arabes des Ghassan en duel, ces derniers se dispersèrent peu après.

Quand la bataille prit fin à la nuit tombée ; les musulmans avaient pris l’avantage malgré leur infériorité numérique. Pourtant, l’armée byzantine devait asseoir sa victoire à l’usure pour mettre à profit sa supériorité. Les deux armées s’étaient retranchées dans leurs campements, hors de portée des flèches.

Pendant la nuit, Khalid réfléchit longuement afin de trouver une solution pour sauver l’armée du péril. Il était évident qu’à long terme l’armée islamique serait écrasée par la considérable supériorité numérique des Romains. La résistance héroïque des musulmans ne faisait que retarder le désastre. Cette bataille de peu d’importance stratégique ne méritait pas qu’on y sacrifie les moudjahiddins.

Mais il ne pouvait pas non plus abandonner le champ de bataille sans honneur. Non seulement la foi ne permettait pas aux croyants d’abdiquer devant les ennemis de Dieu, mais surtout une retraite donnerait aux adversaires un sentiment d’impunité et les encouragerait à agresser de nouveau des messagers musulmans sans craindre de représailles. Conscient qu’il ne pourrait pas réellement vaincre les Byzantins, Khalid pensait qu’il fallait donc mettre un terme à l’affrontement par des moyens détournés.

Khalid décida de monter un stratagème ; il demanda à ce que les ailes de l’armée soient interverties à la faveur de l’obscurité. Puis il demanda aux troupes de réserve de venir remplacer l’avant-garde. Ainsi au petit matin, les armées romaines trouvèrent face à elles de nouvelles recrues et pensèrent que des renforts étaient parvenus aux musulmans.

De plus, aux vues de la résistance acharnée qu’offrait l’armée islamique, l’Etat major byzantin se découragea. Après une courte échauffourée, les ennemis jugèrent qu’il était inutile de poursuivre la bataille. Ils abandonnèrent et quittèrent la région dans la journée. Cette bataille n’était qu’une demi-victoire, mais elle préfigurait néanmoins des conquêtes futures car c’était la toute première fois que les musulmans affrontaient les Byzantins.

L’armée islamique repartit pour Médine. Quand Khalid s’approcha à cheval de la ville, entouré de ses soldats, il aperçut le Prophète (صلى الله عليه وسلم) qui l’attendait. Certains habitants de Médine, en colère vinrent aux devants des soldats et les réprimandèrent pour ne pas avoir poursuivi les Byzantins. On les traita de déserteurs, mais le Prophète (صلى الله عليه وسلم) les arrêta :

« Ce n’est pas une désertion mais un repli, avant la contre-attaque. »

Puis en voyant Khalid s’approcher, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) le salua et dit à voix haute, s’adressant au ciel :

« En ce jour, Seigneur, Tu as accordé la victoire à Ton glaive ! ».

A partir de ce jour, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) ne cessa de surnommer Khalid, « le Glaive de Dieu » : Sayfollah.



A. Soleiman Al-Kaabî
Extrait du livre “SAYFOLLAH, la vie de Khalid ibn al-Walid“, p.83 – 91

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[1] ou Ghassassinah.

1Commentaires

    • Avatar
      Oum oumeyma
      Feb 12, 2019

      SoubhanAllah ! Magnifique Khalid رضي الله عنه ! J’ai encore pleuré en lisant cet extrait ( une habitude devant vos écrits).

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