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Les deux époques de Jésus [Extrait – “Pourquoi Jésus doit-il revenir ?”]

Les deux époques de Jésus [Extrait – “Pourquoi Jésus doit-il revenir ?”]

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L’Occident est la synthèse de références antagoniques. Les deux religions, juive et chrétienne, autrefois ennemies de l’empire romain ont été neutralisées, vidées de leur substance pour être absorbées et synthétisées dans la civilisation occidentale de culture gréco-romaine. L’ « Occident » en tant que tradition philosophique et référent idéologique, a donc concilié le judaïsme et le christianisme malgré leurs contradictions et a mis fin au conflit séculaire qui opposait ces deux religions.

Mais ce monde occidental « judéo-chrétien » reproduit aujourd’hui dans le monde, les rapports de force qui étaient en vigueur à l’époque de Jésus. Il est troublant de constater à quel point notre époque ressemble à celle qui précéda l’arrivée de Jésus parmi les enfants d’Israël. Des correspondances entre les deux époques apparaissent en effet, dès lors que l’on se penche sur les détails historiques.

Quand Jésus reviendra, il aura donc vécu deux époques qui fonctionnent selon le même schéma. Si l’histoire se répète, n’est-ce pas là, l’une des raisons fondamentales du retour de Jésus ?


Le contexte impérial

Comme les puissances occidentales aujourd’hui, l’impérialisme romain avait cette particularité de concevoir le divin de manière immanentiste, à travers la diffusion de statues et de symboles dans tout l’empire, d’imposer ce culte de manière universaliste, tout en tirant de ces symboles païens, un moyen de domination politique.

De nos jours, la philosophie occidentale a également développé un rapport radicalement immanentiste au divin, puisqu’elle renie toute forme de transcendance et place l’humain comme centre de lui-même. Les puissances occidentales imposent ces valeurs de manière universaliste. C’est-à-dire qu’elles considèrent leurs conceptions philosophiques comme « universelles » et « naturelles » et que toute forme d’alternative est soit rétrograde, soit insensée (rhétorique du fanatisme, du « fou » de Dieu, etc.).

Enfin, la diffusion universelle de ces symboles offre à l’occident un puissant moyen de domination politique, comme hier la dissémination du buste et de l’effigie de l’empereur permettait à Rome d’asseoir sa domination sur les peuples et territoires vaincus.

Cette domination universelle alliait donc autorité physique et symbolique. Au niveau physique, les Romains colonisaient les terres et transformaient les pays conquis en gouvernorats dirigés par des personnalités locales romanisées. Au niveau symbolique, lorsqu’ils conquéraient un pays, ils ajoutaient à leur panthéon les dieux du peuple vaincu.

Les peuples soumis conservaient donc leurs cultes et leurs dieux à la simple condition qu’ils intègrent dans leurs rites le culte de l’empereur romain. Ce culte se manifestait dans la multiplication des statues représentant l’empereur dans les espaces publics, et la « circulation » de son effigie sur les pièces de monnaies romaines qui alimentaient tout l’empire[1].

Cette domination impériale était unique dans son fonctionnement car elle s’étendait par l’absorption des autres cultes et cultures dans un espace symbolique commun incarné par le panthéon à Rome, où étaient déposés tous les dieux des peuples sous domination impériale.

Or, l’Occident gouverne aujourd’hui le monde selon un mode de domination identique, mais avec un niveau de complexité bien plus grand.

D’un point de vue physique, cette civilisation étend sa domination sur une grande partie du monde par l’occupation armée, la dissémination de bases militaires, sa capacité à imposer un seul modèle politique (l’Etat-nation, suffrage universel, etc.), l’intégration de toutes les nations au sein d’une structure commune (l’ONU) imprégnée par ses principes universalistes, mais aussi par la suprématie commerciale et financière, l’influence médiatique et culturelle…

Mais cette domination se déploie également et surtout de manière symbolique par la diffusion de symboles, de « valeurs » occidentales parmi tous les peuples. En adhérant à ces valeurs prétendument universelles et en les reconnaissant, les individus de toutes les nations soumettent leurs discours, leurs actions et leurs croyances à ces références uniques et se soumettent de la sorte à cette domination symbolique mondiale, en échange de quoi l’Occident reconnaît leurs cultes et leurs cultures et les intègre en son sein.

La transaction entre les dieux du peuple vaincu et le culte de l’empereur sous l’empire romain a été remplacée aujourd’hui par la transaction entre les religions et les cultures qui sont conservées au nom des principes de « tolérance » et de liberté de conscience, mais à la condition que les fidèles de ces religions intègrent les valeurs « universelles » de l’Occident (démocratie, droits de l’homme…) que tous les peuples sans exception sont censés embrasser.

De la sorte les Musulmans « extrémistes » c’est-à-dire ceux qui refusent de faire des concessions doctrinales envers les symboles occidentaux sont stigmatisés et combattus. Ils sont dans la situation des premiers Chrétiens qui refusaient de rendre un culte à l’empereur.

Ce refus qui a motivé en grande partie la répression qui s’en est suivie, comme le montre ce passage des Actes des Apôtres :

« Tous ces gens agissent d’une façon contraire aux lois de l’empereur, car ils prétendent qu’il y a un autre roi appelé Jésus. » (Actes, 17/7).

Seuls les Musulmans « modérés » sont (théoriquement[2]) tolérés et admis car ils adhèrent aux valeurs « universelles » occidentales comme autrefois les peuples sous domination romaine conservaient leur culte à condition qu’ils reconnaissent la déité de l’empereur romain et donc la légitimité de sa domination.

La nation de Dieu sous domination impériale

Selon les termes mêmes du Coran, les Juifs étaient le peuple élu par Dieu pour porter Son message et proclamer Sa foi :

{Ô fils d’Israël, souvenez-vous des bienfaits dont je vous ai comblés ! Rappelez-vous que Je vous ai préférés à Tous les peuples de la Terre} [Coran 2/47].

Mais comme les autres peuples vaincus, ils étaient sous la domination de Rome depuis l’intervention du général romain Pompée en 64 avant JC et la plupart des Juifs acceptait cette domination. Les Romains avaient installé en Galilée, une dynastie de rois pour gouverner les Juifs.

Ce régime avait pour particularité d’être à la solde de Rome tout en étant composé d’individus locaux issus du peuple hébreu, conformément à la politique impériale romaine qui veillait à ménager les sensibilités des peuples vaincus afin d’éviter les rebellions.

L’islam rejette catégoriquement la soumission à des principes extérieurs à la révélation divine, mais les musulmans dans leur majorité acceptent aujourd’hui docilement le joug de cet empire occidental comme autrefois les Juifs acceptaient la domination romaine. Les puissances occidentales gouvernent le monde musulman, grâce aux régimes installés à l’issue de la décolonisation.

Comme autrefois Hérode, ces États n’ont qu’une souveraineté de façade et ne constituent en réalité que des « vassaux et des tributaires »[3] qui prolongent l’hégémonie étrangère sur ces territoires.

Dieu avait donc offert aux Juifs la souveraineté sur une terre que les idoles ne devaient pas souiller. Mais l’occupation grecque de leur royaume (l’empire Séleucide à partir de -305) puis romaine (à partir de -64) les placent sous l’autorité de peuples étrangers et polythéistes qui diffusent sur la terre d’Israël des symboles païens (pièces à l’effigie des dieux et des empereurs, l’installation de statues dans les villes pour le culte de l’empereur, etc.).

Cette domination romaine posait donc aux Juifs deux problèmes fondamentaux :

  ° L’occupation de leur territoire qui remettait en cause leur souveraineté et leur autonomie.
  ° L’introduction dans leur quotidien de symboles païens incompatibles avec leur religion.

Les similitudes avec la situation actuelle du monde musulman sont évidentes. En Islam, la sacralité des terres musulmanes et la nécessité d’en préserver l’inviolabilité sont des principes essentiels. Mais pour la première fois de leur histoire, les musulmans ont subi une domination extérieure.

Dans une première phase avec la colonisation européenne, puis à partir de la seconde guerre mondiale avec la domination « occidentale » au sens large. La présence militaire occidentale partout dans le monde musulman et les « interventions » à répétition confèrent à l’Occident une véritable hégémonie, tout en privant les musulmans de toute souveraineté.

L’Occident peut défaire les pouvoirs locaux qui leur résistent et les remplacer, créer des Etats ex-nihilo, défendre des régimes inféodés menacés par une révolte, les financer, etc. De nos jours, la domination occidentale soulève donc pour les musulmans exactement les mêmes problèmes, qu’il y a deux mille ans pour les Juifs. Cette domination est, dans les deux cas, à la fois physique et symbolique :

  ° La sacralité des terres d’Islam est bafouée par la présence et la domination étrangère.
  ° Ils doivent soumettre leurs actes, leurs discours et leur doctrine à des symboles et des références idéologiques étrangères, aux antipodes des principes de leur religion.


Une nation divisée

Les Juifs se révoltaient régulièrement contre la puissance occupante, surtout quand la présence des symboles païens se renforçait[4]. Mais ces multiples révoltes sont matées et ne leur permettent pas de mettre un terme à l’occupation étrangère. Dès lors, la nation juive se scinde en divers courants religieux qui adoptent, chacun, une attitude propre vis-à-vis de la présence romaine.

Ils divergeaient sur le positionnement à adopter vis-à-vis de la domination romaine, entre collaboration (Saducéens), indifférence (Pharisiens), ostracisme volontaire (Esséniens) ou hostilité (Zélotes), voire confrontation (Sicaires).

De la même manière, la division des musulmans en multiples courants idéologiques repose actuellement sur l’attitude à adopter envers l’expansionnisme occidental et son influence sur le monde musulman.

Les sujets qui divisent fondamentalement les musulmans aujourd’hui concernent les rapports à entretenir avec l’Occident et les idéologies séculières qu’il impose : doit-on adopter le mode de vie occidental ? Les valeurs occidentales sont-elles compatibles avec l’islam ? Doit-on accepter la diffusion de ces symboles sur les terres d’Islam ? Islam et « modernité » ? Les gouvernements arabes qui travaillent pour l’Occident sont-ils mécréants ? Etc.

Ces questionnements sont à peu près équivalents à ceux qui déchiraient les Juifs avant Jésus : Doit-on adopter le mode de vie grec et romain ? Peut-on abroger certains enseignements de la Thora incompatibles avec la culture et la philosophie hellénistiques ? Les autorités juives désignées par Rome sont-elles légitimes ? Sont-elles infidèles ? Doit-on les reconnaitre ? Etc.

Cette similitude entre les divisions qui ont déchiré les Juifs et celles qui déchirent actuellement les Musulmans, est soulignée dans le célèbre hadith, où le Prophète () prédit que la oumma se divisera de la même manière que les « communautés qui l’ont précédée » : « Les Juifs se sont divisés en 71 sectes, les Chrétiens en 72, quant à vous, vous vous diviserez en 73.»[5]

A cela s’ajoute une autre similitude : le phénomène de polarisation doctrinale. A l’époque de Jésus, parmi toutes les sectes existantes, deux courants polarisaient le peuple juif, car ils prônaient chacun une attitude radicale vis-à-vis de cette occupation.

Soit l’inféodation totale et la collaboration pour les Saducéens, soit le repli et l’indifférence pour les Pharisiens. Nous avons aujourd’hui, dans le monde musulman, une situation comparable, avec deux courants qui polarisent les musulmans.

Le courant majoritaire des « réformistes-modernistes » qui trouvent leur origine en Egypte et qui sont représentés par le parti des frères musulmans. Ces derniers penchent pour les symboles occidentaux, considèrent cette civilisation comme un modèle, et prônent une occidentalisation structurelle de la société musulmane tout en conservant les rites et les symboles de l’Islam.

Concrètement, ils soumettent leurs actes, leurs discours et leurs doctrines aux références idéologiques occidentales, telles que la démocratie et les droits de l’homme, et ne développent aucune réflexion critique envers l’Occident.

Il y a face à eux le courant minoritaire salafiste, originaire d’Arabie, qui prône une attitude totalement opposée. Cette doctrine rejette les valeurs et l’influence occidentales sur le plan culturel et rituel, sur le même modèle que les Pharisiens au temps de Jésus.

A. Soleiman Al-Kaabî
Extrait du livre “Pourquoi Jésus doit-il revenir ? selon la tradition islamique“, p.69 à p.80

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[1] L’historien Romain Varron (Marcus Tarentius Varro) a évalué à plus de 30 000 le nombre de dieux dans la Rome impériale.
[2] C’est du moins la position officielle des élites politiques et intellectuelles occidentales qui disent vouloir favoriser un islam modéré. Mais même cet islam édulcoré ne leur sied pas dans la réalité et est combattu, comme le prouve leur acharnement contre les représentants de ces courants.
[3] Pour reprendre les propos du politologue américain pour définir l’ « empire » américain : « Ses “légions” occupent des positions imprenables aux extrémités est et ouest du continent eurasien, et elles contrôlent aussi le golfe persique. Ses vassaux et ses tributaires, dont certains poussent les marques d’allégeance jusqu’à souhaiter des liens encore plus forts avec Washington, sont répartis sur l’ensemble des continents. » Brzezinski (Zbigniew). Le grand échiquier. p47.
[4] La guerre des Macchabées en 160 avant JC contre l’hellénisation forcée fut la plus sanglante.
[5] Rapporté par Ahmad et Abû Daud, selon Abû Hurayra

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