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Message sur la situation en France

Message sur la situation en France

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« Personne de sain d’esprit ne décapite un non-musulman, dans une société non-musulmane, en lisant un texte, une fatwa ou le Coran ; sauf s’il n’est pas lui-même d’abord dans une situation de vengeance personnelle, avant d’être dans une situation de vengeance collective prétendument "islamique". »


A
près la stupéfaction et l'émotion, il faudra avoir le courage et l’intelligence de se poser les bonnes questions avant de tenter d’y répondre ; il faudra faire primer la Raison pure face aux sentiments qui nous agitent dans tous les sens, et aux réactions passionnées de notre cortex reptilien. Pour l’instant, tenons-nous en aux seuls faits qui déclenchèrent l’hystérie dans laquelle nous sommes, avec calme. Et ces faits doivent nous amener à nous poser des questions que personne n’ose formuler tant elles sont polémiques. Le sujet est long, complexe, soulève beaucoup d’autres éléments problématiques, il est néanmoins parfaitement clair que l’on essaie d’occulter des questions et des réponses.


Pourquoi de tels actes ?

Il faut se demander pourquoi la France connaît régulièrement ce type d’événement lors duquel un individu issu de la communauté musulmane en France décide d’en venir à un tel acte ? Pourquoi la France, alors qu’il y a autant de musulmans ailleurs en Europe et que ces pays ont aussi diffusé les caricatures ? Pourquoi la France génère plus facilement et plus régulièrement ce type d'individus ?

Pourquoi la France semble être créatrice de son propre terrorisme intérieur ? Pourquoi, alors que l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique ou les Pays-Bas sont dans des situations comparables en termes de présence musulmane, mais connaissent largement moins d’actes comme celui commis d'hier ?

Pourquoi la France est-elle créatrice de frustration et de volonté de vengeance incontrôlable par certains individus issus de la communauté musulmane ? Pourquoi la France, au modèle si extraordinaire et si universel, est le pays qui a envoyé le plus de volontaires au sein de l’EI ? Très souvent parmi les plus violents ? Si nous reprenons la thèse du discours ambiant en France, qui a été adopté par bon nombre de politiciens, de journalistes, de pseudo-experts, ou des islamologues stars du système, celle qui énonce que c'est l'Islam qui a un problème, pourquoi est-ce toujours la France qui en paie bizarrement plus le prix ?

Le monde musulman est en crise, certes, dû à de multiples causes internes, mais des causes aggravées par d’autres externes à lui-même. C’est une évidence et c’est indéniable. Mais pourquoi la France suscite-t-elle si facilement chez certains, sur son propre sol, la volonté d’entreprendre des actions criminelles de ce genre ? Pourquoi les plus jeunes, les plus fragiles, les plus instables des musulmans en France, sont ceux qui basculent le plus facilement dans ces types d’actions ?

Un tel genre de question relève du tabou, dans ce pays qui refuse de faire son autocritique réelle. Il est facile de dire que l’Islam est malade, mais il est tout aussi aisé de faire le constat inverse, à savoir qu’il n’y a qu’en France que l’on perçoit à ce point ces prétendus symptômes... En politique intérieure comme internationale, la thèse française consiste à rejeter le problème, seul l’Islam ou ses dérives sont en cause. C’est simple, facile, manichéen : nous, le bien ; eux, le mal.

Mais pourquoi la France, alors ? Ces essentialistes répondront sûrement que, justement, c’est parce que la France est « un idéal de progrès, une image parfaite de la civilisation éclairée, le symbole de l'universel par excellence, etc. », les exposant ainsi à leur tour, au risque de sombrer avec cynisme dans une réponse démasquant bien davantage une sorte de ‘‘croyance mystique’’ qu’un argument rationnel.

Pourtant, toutes les analyses sérieuses tendent à prouver que cette prétendue thèse ne résiste pas à la réalité empirique et scientifique. Le terrorisme ou le basculement dans des actes de violence sont plus facilement compréhensibles et logiques lorsqu’on en étudie les causes, qu’elles soient historiques, politiques ou sociales.


Le « syndrome du fou et du faible »

La communauté musulmane française ou en France, en règle générale, de par sa sociologie et son histoire, est une communauté qui cumule du retard, des insuffisances et des problématiques en tout genre. Défaut d’éducation, défaut de compréhension de l’Islam, carence de compréhension de ce qu’est leur environnement national, de leurs droits, libertés. Des faiblesses liées à leur origine sociale déclassée, issue d’une immigration « bas de gamme » en provenance de pays sous-développés, anciennement colonisés.

Toutes ces carences se transmettent encore par héritage, et il y a reproduction sociale de celles-ci. Tout ceci, en étant accusée de tous les maux possibles de notre société actuelle, à tort ou à raison… Pour comprendre, en partie, l’origine de ces actes de violence, il faut remettre en perspective le fait que ces individus, issus de cette communauté, sont exactement à son image.

En état de faiblesse, économique, sociale, politique, culturelle et intellectuelle, dans la situation du faible qui ne sait pas réagir à toutes les difficultés, aux confrontations et aux interrogations, voire aux provocations ou, en résumé, à tous les stimuli sociopolitiques qui le dérangent et le mettent à l’index. Il ne réagit alors que comme un faible : par la violence.

De fait, à travers ce cas, il apparaît alors, clairement, que l'Islam n’est qu’un mode d’expression ou le canal par lequel des individus déjà prédéterminés, légitiment ou revendiquent leurs actions. La violence, en ce sens, est un mode de communication qui ne survient qu’à partir du moment où de tels individus ne savent pas, ne peuvent pas ou sont empêchés de communiquer autrement que par elle.

Dans une société où tout est verrouillé, où le lynchage médiatique est constant, où les problèmes d’exclusion, d’échec scolaire, de défaillances parentales, d’injustice sociale, de précarité, sont la norme, et où la minorité musulmane cumule toutes ces carences en étant la cible de tous les maux et de toutes les attaques politiques : il est évident que les plus déstabilisés et les moins “solides”, s’exposent au risque de sombrer dans de telles actions. Ces actes sont tel un « burn out » explosif qui se nourrit des failles de sa communauté d’origine et des contradictions de la société elle-même.

Raisonnons par l’exemple concret. Quand bien même l’on admet que les musulmans aimeraient expliquer leur point de vue sur la liberté d’expression et sur les caricatures en France : ils sont constamment éliminés du débat sociétal. Ils enragent de l’hypocrisie et la géométrie variable des règles en vigueur. Réduits à l’impuissance, au mutisme, bâillonnés et ligotés, ils peinent à comprendre que la liberté des uns soit plus grande et plus sacrée que celle des autres. Cela nourrit une rancœur qui finit par être explosive.

Libérer leur(s) parole(s), c’est faire automatiquement baisser la pression qui anime certains, par ricochet. Il apparaît aussi que, s'il existait des possibilités d'expression, de bonnes représentations, des soupapes de décompression pour la communauté musulmane, à travers lesquelles ses membres seraient capables d'exprimer leurs perceptions, leurs vues, leurs interprétations, leur point de vue sur tous les problèmes dont ils sont sujet, cause ou conséquence, cette marmite bouillonnante ne pourrait pas exploser.

Hélas, on les exclut du débat et on les musèle, sans manquer de faire d’eux le sujet de tous les débats, l’objet des moindres discussions polémiques. S'ils se faisaient entendre de l'ensemble du corps social et politique, de manière saine et libre, régulière et intégrée, cette possibilité d’être pris en compte, de débattre, d’échanger et se comprendre mutuellement, de défendre sa cause, son opinion, il n'y aurait pas si souvent ce type d'acte, dans lequel des individus cherchent à se faire entendre de la manière la plus extrême qui soit. Ce malaise et son mal-être, sont à la racine de toutes ces problématiques.

Concernant les musulmans : il n’y a aucune représentation légitime, aucune protection des représentants qu’ils considèrent comme étant, à leurs yeux, réellement crédibles et légitimes, pris d’un sentiment d’infériorité, d’être des citoyens à part, de seconde zone, sans autre droit que celui de subir la vindicte des politiques, des médias, des intellectuels et éditorialistes qui leur sont hostiles. Libre à ces derniers de verser dans la surenchère antimusulmane sans aucune inquiétude, bien au contraire, avec le soutien de tous !

Voilà le sentiment que partage la quasi-intégralité des musulmans de France. Par conséquent, aux yeux de certains d’entre eux, tout leur paraissant perdu d’avance, tout espoir semblant dérisoire ou absent, rien n’étant susceptible de pouvoir changer positivement, voire même, percevant l’écho d’inquiétants murmures susurrant « le pire nous attend », la solution devient alors la fin : à la fois la fin de soi-même par un ultime sacrifice et la fin d’un problème insoluble à résoudre.

Pour ces esprits, il s’agit malheureusement de la plus simple solution s’imposant à eux, ultime élan dans le but désespéré de se faire entendre, puisque dans la société réelle, il n’y avait aucune possibilité de parler, convaincre, débattre, [se] défendre.

Si de simples éléments changeaient la structure de la société en France : sa configuration ferait qu’il n'y aurait que très peu d'individus qui se croiraient investis d'une mission divine, ou qui se proclameraient héroïques défenseurs d'une cause à venger. Désormais, même les imams n'auront plus la liberté d’évoquer les problèmes de la communauté dans leurs mosquées, sous peine d’être suspectés de faire de la politique ou de peur d'être mis au ban par de l'autocensure interne.

Des imams labellisés, muets et impotents, sans aucune crédibilité, qui seront d’autant plus incapables à régler ces problématiques en interne, contribuant ainsi à aggraver de manière considérable ladite situation, ce sentiment que tout est « mort », perdu d’avance.Les musulmans se sentent dans un corps étouffé et sous la pression énorme du pouvoir politique et médiatique, sous le regard de concitoyens chauffés à blanc par les Médias.

Or, si certains ont du souffle et le cuir épais, ont les moyens d’affronter, surmonter et relever ces défis, de passer au-dessus, ce n’est pas le cas de tous. Dont acte : ils craquent. Les médias leur sont inaccessibles, verrouillés, des lois liberticides, policières et d'exception sont constamment votées, contre eux, pour mieux les mater. Comme à l’accoutumée, les musulmans et l'Islam sont constamment pris pour cible, sans répit ni retenue aucune, sans avoir la capacité de répliquer politiquement aux attaques, ni se défendre en tant que communauté d'intérêt.

A travers toutes ces couches de distorsion superposées, le message qui leur est adressé paraît aussi clair que fatal : se taire et subir. Subir les caricatures ou attaques insultantes dégradantes sur leur culture et religion, tout en subissant leurs conditions sociales et politiques, sans pouvoir hisser la tête hors de l’eau.



« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » !

Comment ne pas comprendre qu’une portion regrettable de profils (toujours les mêmes) semblables ne finissent par sombrer dans ce genre d’actions désespérées ? Comment ne pas considérer évident, a contrario, qu’au sein de sociétés plus libérales, ce type de situation à la française, créatrice de violence intérieure, ne puisse nullement survenir avec cette fréquence et intensité, alors même que les musulmans y connaissent des problèmes internes similaires ?

Les auteurs de ces actes ont beau crier que c'est par vengeance, pour l'Honneur du Prophète (prière d’Allah et paix sur lui), par et pour l'Islam, il ne faut bien évidemment pas être dupe des apparences ou des slogans érigés en justification, puisqu’en réalité leur acte témoigne d’autre chose, laissant entrevoir des motifs bien plus profonds ! A tort, d’aucuns les prennent dramatiquement au mot, alors que la nature humaine est plus complexe à saisir.

Admettons un instant que l’Islam soit hors de l’équation, mais gardons les mêmes groupes et individus dans les mêmes conditions sociales et politiques, eu égard au passif de l'Histoire française et à ses pratiques actuelles : il y aurait à coup sûr, malgré ce que l’on pourrait naïvement en penser, encore et toujours ce type d'actions, sous des formes et des modalités différentes. Mis à part la folie et ses actes, l'être humain est un individu rationnel, la violence est l'ultime recours, même quand il ne s’agit pas alors d’une dramatique fuite en avant.

Les essentialistes et culturalistes sont les purs héritiers des thèses racistes darwiniennes ! Croire que le problème se situe dans l'Islam ou le Coran, c'est nier les conditions de la Raison humaine ailleurs que chez soi, c'est prendre les autres pour des barbares dégénérés à civiliser ou à éliminer. D'ailleurs, nous tenons ici la thèse constante de la pensée franco-française depuis l’ère coloniale ou ses fameuses « Lumières » qui n’éclairent à ce jour plus personne.

Un autisme prédateur, quasiment revendiqué, qui favorise et légitime les pires politiques et lois ciblées à l’excès, qui ne feront qu’envenimer la situation jusqu’au point de non-retour. Cela alors que l'Islam, en tant que religion, n'est qu'un simple catalyseur servant à orienter chaque action, dont les déterminants lui sont externes, enracinés dans des logiques parfaitement compréhensibles par tout être humain ''raisonnable'' : celui qui comprend la nature des contextes qui se superposent : personnel, familial, social, national.

Nous sommes musulmans, militants et engagés, personne ne l’ignore et nous connaissons parfaitement la totalité du prisme de l'islam en France et ses individus. Or nous constatons qu’il n'existe personne de normalement constitué capable de réaliser un tel acte, motivé en cela par des facteurs d’essence uniquement religieuse (c’est-à-dire après avoir lu le Coran ou n’importe quel ouvrage théologique).

Hormis les déséquilibrés, seuls les plus instables sont capables de s’y résoudre ; ceux qui s’imaginent devoir se « sacrifier » eux-mêmes, pour une cause que personne d'autre qu'eux ne pourrait accomplir, face à une situation qu’ils estiment sans issue. Solution définitive et donc expéditive. Or, se sentir justicier, c'est d'abord avoir vécu soi-même l'injustice et l'avoir connue.

De tels profils, pour aller au bout de cette démarche, se parent d'un masque mental, d'un masque de ressentis individuels et collectifs qui ont toujours été négatifs, cherchant également à travers ce geste, à cacher leurs faiblesses structurelles. S'ils en viennent à commettre ces actes, c'est précisément parce qu'ils n'ont pas ou plus les ressorts mentaux, spirituels, intellectuels, psychologiques pour les empêcher de sombrer dans de telles solutions face à une situation problématique qui perdure, n’allant que de mal en pis.

Allons plus loin et osons l’observation que voici : même les attentats « anti-Charlie » des frères Kouachi initiés sous l’impulsion d’AQPA, sont en réalité motivés par des considérations politiques, et donc bien plus liées à la géopolitique du Monde musulman, qu’en raison de convictions purement religieuses ! En pleine possession de leurs moyens et facultés mentales, y compris les plus extrémistes et les plus sectaires, les gens dont nous parlons savent très bien qu’il n’est pas possible d’obliger des non-musulmans, parfois athées, à respecter la figure d’un prophète étranger, en terre occidentale, au cœur d’une société « an-islamique », en plein “Dar al koufr” !

Ces attentats sont donc la définition même du terrorisme le plus classique qui soit : punir ou influer la politique d’un État, afin de la modifier ou lui signifier qu’elle a simplement un coût, un prix à payer. Qu’un tel constat soit ou pas admis, il est bien sûr beaucoup plus avantageux et plus simple, en vertu d’évidentes raisons historiques politiques et idéologiques, de dire qu’il s’agit-là de motivations purement religieuses : c’est-à-dire dans le bon esprit ‘laïque’ français : motivations irrationnelles, mystiques voire délirantes.

Or, c’est une escroquerie et un mensonge, n’ayant d’autre but immédiat que celui de dissimuler des motifs aussi clairs que logiques. Motifs capables d’être compris par tous les citoyens, et donc, en démocratie, de pouvoir par leur biais réclamer des comptes sur les choix politiques des dirigeants. Une fois cela clarifié, concernant les actions perpétrées par ces fameux profils « d’individus isolés », à l’instar de vendredi, et ce de manière générale, seuls les « faibles et les fous » agissent de la sorte, lorsqu’ils se retrouvent dans l’impasse : qu’ils s’y soient eux-mêmes mis, ou bien qu’on les y ait poussés...

Impasse bâtie par le radicalisme d’une société en plein repli, en faillite, qui se cherche des boucs-émissaires. Le plus tragique en France - démontrant son autisme dogmatique et aveugle- est qu'aujourd'hui, même les actes d'individus ayant des problèmes psychologiques et psychiatriques sont qualifiés d'attentats dès l’instant où il s'agit de [supposés] musulmans !

Alors que, bien souvent, dans ces cas, c’est l'hypermédiatisation incessante et en boucle des sujets liés à l'islam et aux musulmans, qui jouent un rôle moteur pervers, dans la motivation ou le déclenchement d’actes, chez ces esprits en rupture. Ce que l'on aurait qualifié, il y a vingt ans encore, d'incident tragique issu d'un coup de folie, devient aujourd’hui un acte planifié du terrorisme.

Alors que, comme nous l’avons précédemment souligné, par définition, tout terrorisme est d’essence politique, revêt le caractère d’un acte réfléchi, y compris s’il se drape d’un vernis religieux et islamique (mis à part les délires de certaines sectes apocalyptiques). Comprendre cela, c’est comprendre l’insistance du gouvernement à vouloir systématiquement dénommer et qualifier de « salafisme/islamisme » ces dérives sectaires, toujours sur la même logique pernicieuse : circulez, il n’y a rien à comprendre, car nous ne pouvons pas (et ne devons pas !) les comprendre.

Le coupable est et sera toujours étrangement l’islam(-isme) politique, sauf quand il devient arrangeant d’éluder la dimension politique d’actes précis, dans le but d’en donner une lecture faussement religieuse. Non-sens et paradoxe flagrant, démontrant toute l’escroquerie et la vacuité dans lesquelles végètent nos « grands esprits » du pays. Là encore, bien loin derrière les anglo-saxons, les français n’arrivent pas à saisir cette nuance, ou feignent de l’ignorer.

Quantité de spécialistes, médecins ou anciens policiers, tentèrent plusieurs fois d’en traiter et d'alerter sur le danger résidant derrière la confusion entre de tels actes, au risque de ne faire qu’accroître le délire collectif, sans rien pouvoir comprendre de la réalité. Une fois de plus, hélas, le propos demeura complètement inaudible à cette sphère française hermétique : cette explication n'entrant pas dans le cadre idéologique du système politico-médiatique dominant. A savoir : l'Islam est le mal, les musulmans sont à la fois victimes (de l'islam) et coupables de leurs actes !

D'ailleurs, pour finir sur ce point, parmi les scandales provoqués à la suite des déclarations de Sophie (Myriam) Pétronin, relevons-en un du même ordre chez les plus bornés de nos contradicteurs : pour eux, le summum de l’outrage fut aussi et surtout qu'elle ait osé qualifier les jihadistes au Mali de « combattants armés », de « groupes armés », luttant pour des objectifs politiques et sociaux internes, au Mali, mais qui s'internationalisent dû à l'ingérence étrangère. Autrement dit, sus à la nuance, là où la France ne veut voir que des barbus sanguinaires assoiffés de sang, combattant pour le jihad mondial afin de convertir la Terre entière et le système solaire…

Ainsi, en politique intérieure et extérieure, toujours le même déni de la réalité : il n'y a aucune rationalité à avoir, aucune approche scientifique, aucune mobilisation des sciences humaines et sociales, il ne faut rien chercher à comprendre -> tous les problèmes sont dans le Coran…

Évidemment, en ce qui concerne l’acte de vendredi, au sens où on l’entend généralement, aucune revendication politique n’y est associée. C’est plutôt là un message social alertant sur la maladie de la totalité de la société, traçant les contours d’une grave crise franco-française. Pendant ce temps, les musulmans complexés ou frileux, écrasés sous le poids de cette énorme injonction nationale, à qui l’on intime de chanter en chœur les sempiternelles et habituelles platitudes à renfort de « c'est pas ça l'islam » ou « ils n'ont rien compris à l'islam », sont d'ores et déjà condamnés à constamment se justifier, pris dans d'interminables débats contradictoires, qui les amèneront tôt ou tard à se construire/sélectionner/éliminer leur propre Islam, leur propre Coran, leurs propres hadiths.

Il n’aura échappé à personne, parmi ceux qui s’attachent au fond plutôt qu’à la forme, qu'en réalité, le problème initial n'était nullement celui-ci, n’a jamais été de cet ordre-là. Bien sûr, il n’est pas non plus question de nier l’existence d’individus ayant adopté des visions absolutistes de l’Islam, hors sol, hors temporalité, sans aucune capacité de relativisme et de contextualisation. Or, ne nous méprenons point, une telle incapacité à adopter ce type d’approche et de réflexion signale davantage une tare cognitive profonde qu’une sorte d’extrémisme « logique et cohérent », avec son propre raisonnement de départ.

En réalité, nous savons tous que ce type d’individus sont ultra-minoritaires parmi la petite minorité de musulmans qui pose problèmes à certains : mais pour nous, musulmans ou non, amplifier leur réalité permet d’échapper à sa propre autocritique. Pour que naisse le désir d’un tel acte chez un individu sain d’esprit, il faut absolument la conjonction de différents facteurs qui se multiplient au point de se superposer et se confondre dans sa conscience, jusqu’à en expulser les autres approches et alternatives.

L'individu qui, socialement, a déjà été formaté pour une action violente, dû à divers facteurs, ne cherchera dans l'Islam que ce qui légitimera et donnera un sens plus grand et plus fort à cette action violente. Bizarrement, ici, on veille à n’en rester qu’aux apparences, stagnant non loin de la surface, alors que partout ailleurs, on épluche profondément les moindres causes pour comprendre le développement du mal à sa racine.

Cela explique pourquoi, en France, on est finalement passé de la lutte contre toutes sortes de « -ismes », à la lutte des bases élémentaires de l'Islam lui-même, dans laquelle n'importe quel rite, obligation ou interdit devient un signe de radicalisation. Aveu implicite, à mots à peine voilés, que tout musulman potentiel est suspect, car coupable en puissance. Comme si, par avance, sachant déjà tout ce qui leur est reproché, tous ce qu’ils eurent à subir, on craint de leur part… le passage à l’acte.

Nous sommes pris dans un cercle vicieux, implacable, qui bipolarise comme jamais la société française, dont la frustration se transforme en haine et rage, de part et d'autre, ce qui motive des actions violentes. En somme, une société qui n'apaise personne et ne satisfait personne ; les musulmans la trouvant stigmatisante et islamophobe, les autres la trouvant trop tolérante et laxiste envers les premiers. Aux attentats et aux actes de violence répondent plus de lois et plus de stigmatisation, plus de pressions, mais aussi plus d’ingérence et d'interventions militaires à l’étranger, ce qui provoque et génère, en réponse à ces derniers, la violence des faibles, des fous, ou du véritable terrorisme international.

Aujourd’hui, en France, si l’on passe en revue tous ceux qui détiennent le pouvoir (politique, médiatique, intellectuel), censés représenter la conscience de ce pays, l’élite dirigeante, aucun ne semble plus vouloir, ni capable de reconnaître cet état de fait, ni d’articuler convenablement tous ces éléments.

Si notre crainte s’avère exacte, nul ne sera en mesure d’apporter de vraies solutions : à notre grand dam, les thèses les plus simplistes, les choix les plus jusqu’au-boutistes seront retenus et mis en avant, pour le meilleur de personne et le pire de tous.

Aïssam Aït-Yahya

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