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Le cas Mark Hanson ( dit Hamza Yussuf )

Le cas Mark Hanson ( dit Hamza Yussuf )

Le cas Mark Hanson ( dit Hamza Yussuf ) :
Quelques leçons d’une imposture américaine

[...]


Il y a quelques jours est apparue sur les réseaux sociaux, une vidéo (apparemment datée de 2016 mais n'ayant été rendue publique que récemment) d’une conférence en Turquie dans laquelle ce (très) célèbre prédicateur américain avait prononcé des paroles non seulement fausses, mais extrêmement graves et complètement ignobles.

L’occasion ici pour moi de montrer que l’incohérence et l’imposture amènent souvent à défendre la cause non-islamique et contribuer à lui donner victoire.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Hamza Yussuf (converti américain né Mark Hanson) dans le monde anglophone serait à rapprocher de ce qu’avait pu être Tarik Ramadan lors de sa période de gloire dans le monde francophone, mais avec en plus, un coté traditionaliste type ach‘arite soufi assez ostentatoire, parfaitement en phase avec la société libérale nord-américaine.


1. LA PSEUDO-TRADITION : SA RÉALITÉ ET SON UTILITÉ

Hamza Yussuf, pendant plus de 30 ans, s'est présenté à la fois comme affilié et garant de l'islam de la Tradition, son parcours et son éducation à l'Islam, ses positions et engagements veulent symboliser cette tradition. L'attachement à une voix spirituelle auprès d'un maître, l'adoption des codes d'une tariqa, l'étude du kalam, de la science et du savoir en tant que simple partie d'une sagesse universelle : tout ceci fut le credo de Hamza Yussuf pendant la première grande période de sa vie... Désormais plus apaisé et plus moderne dans les habits du philosophe musulman, grand prédicateur d'une spiritualité islamique en phase avec son temps ; à la fois islamologue/professeur dans le monde profane et cheikh/imam dans le sacré.

Mais comme souvent avec ce genre de personnalité, ce qu’elle dégage en termes de prédication, en termes de vision générale, croyance et implications à long terme de celle-ci, il est évident que l’important n’est qu’au final de vivre son ersatz d’islam en accord avec la modernité contemporaine occidentale dont on accepte et intériorise les grands principes, les grandes valeurs, et les orientations générales (ici en l’occurrence : celles des USA)

Et si on peut, quand même, combattre et rejeter leurs dérives, dénoncer leurs aspects (et c’est même souhaitable par simple confort intellectuel et assurer sa crédibilité), c’est en réalité pour mieux la préserver, et non pour contribuer à apporter ou défendre un autre modèle de civilisation directement issu de l’Islam : c’est à dire concurrent et différent de celui qui nous est imposé.

Et comme d’habitude, pour ne pas apparaître comme un dangereux progressiste libéral aux yeux de la masse musulmane, et/ou énième pseudo-réformateur de l’islam : rien de tel pour se faire que de déclarer appartenir à une antique tradition « ach‘ari maturidite et soufie » (etc..) pour prétendre incarner le socle d’une foi multiséculaire.

Cette tradition, chez ce type d’individu, est ici comprise comme une espèce de long fleuve tranquille qui aurait toujours coulé naturellement tout au cours du Temps : mais s’aperçoivent-ils ou savent-ils que le débit de ce fleuve s’est très largement atténué au cours de l’Histoire ? Ou que sa source s’est tarie par sa propre sécheresse intellectuelle ? Un fleuve dont l’eau fut ensuite détournée et canalisée par des barrages savamment bâtis par la Colonisation, renforcés par la Mondialisation. Une eau auparavant déjà quelque peu amère, mais désormais polluée et indigeste, mélangée à toutes sortes de déjections, pourtant considérée encore par eux comme pure et légitime dont ils se servent pour leurs ablutions mentales...

A bien y regarder, l’attachement à cette prétendue tradition est en réalité un prétexte qui cache mal la réalité : la soumission religieuse, idéologique et politique aux religions modernes, dont l’Islam ne doit être finalement qu’un simple vernis. La tradition invoquée est ici un cache-misère qui voile soit la faiblesse structurelle de la foi qui anime ces individus devant le grand (trop lourd ?) dépôt de l’Islam, soit une faiblesse préoccupante dans la compréhension de ce qu’est et fut l’Islam.

Elle ne sert souvent que des individus qui ont juste besoin d’un peu de spiritualité comme autant d’antidépresseurs pour pouvoir vivre en harmonie dans la société matérialiste à laquelle ils appartiennent.

Bien entendu cette réappropriation de la tradition est en réalité elle-même en rupture avec ce qu’elle prétend incarner : c’est une reconstruction a posteriori, et a minima, réalisée dès l’intrusion de la Modernité occidentale sur les terres d’Islam. Elle s’est refaite dans un cadre étranger et hostile au socle civilisationnel de l’Islam.

Car si l’on se penche sur les écrits classiques des érudits historiques de cette « Tradition », ceux réalisés dans le monde musulman au moment où celui-ci était encore autonome et indépendant des ingérences politiques étrangères (globalement avant le 19éme), écrits juridiques et dogmatiques qui ont une résonance politique et sociétale (sans évoquer les écrits ‘’jihadi’’ méconnus de certaines grandes figures du soufisme tant adulés aujourd’hui pour le « panthéisme et le syncrétisme » ou pour l’esprit laïque que l’on y perçoit), nous avons du mal à articuler ce néo-traditionnalisme avec celui dont ils se croient les dépositaires et les continuateurs.

Et donc, il est difficile de ne pas expliquer ce manque de cohérence flagrant avec ce patrimoine, sans utiliser d’autres ressorts que ceux de la psychologie et sociologie, ou d’autres explications qui sont parfois toutes personnelles : ignorance, malhonnêteté, trahison, manipulation et mensonge…

Or, sans naïveté, toutes ces causes – que cela soit dans une société libérale ou dans la société arabe d’un État autoritaire - ne peuvent souvent pas faire fi d’un calcul très personnel et opportuniste, (conscient ou non) sur les gains que l’on peut espérer obtenir en fonction de son positionnement personnel et de l’image de l’islam que l’on a choisi de véhiculer...


2. SCIENCE SANS CONSCIENCE ET HADITH SANS CONSISTANCE : LA SAUCE HAMZARICAINE

C’est en traitant de la situation en Syrie que Hamza Yussuf a déclaré -en public et dans un pays (la Turquie) qui supporte l’essentiel des flots de réfugiés syriens- que ces derniers avaient été humiliés par Allah.

Dans cette vidéo de quelques minutes (qui a déjà plusieurs fois été retiré de Youtube et plusieurs fois remise), Hamza Yussuf reprend de manière ironique et d’un ton moqueur l’un des slogans du peuple syrien au début de la révolution : « Le peuple syrien ne sera pas humilié ! ». Il poursuit avec une condescendance, un paternalisme à vomir et ose donner conseils et avis (bien assis sur un large et confortable canapé), avec un sourire cynique en argumentant :

« Allah peut humilier qui il veut. Si vous humiliez un dirigeant, Dieu vous humiliera... ».

''من اذل السلطان اذله الله "

Ce faisant, Hamza Yussuf, avec ce propos, fait donc implicitement référence à un hadith qu’il cite donc comme « Celui qui humilie le Dirigeant/le Pouvoir, Allah l’humiliera ».

Par cette référence, Hamza Yussuf comprend que celui qui humilie et défie le pouvoir d’un dirigeant, son châtiment sera donc d’être humilié par Allah. Sa parole montre ce qui est pour lui un argument absolu et général, il n’est ni contextualisé, ni conditionné, ni relatif : toute atteinte au pouvoir d’un dirigeant sera logiquement et automatiquement (et justement...) châtiée par Allah.

Le propos moralisateur abject de Yussuf semble alors donner des justifications divines aux massacres de Bachâr al Assad envers sa population, et sentant le propos choquant, maladroitement, il essaie de se corriger « …Vous pouvez critiquer le dirigeant comme bon vous semble...il est mauvais...je ne suis pas un fan de lui...ni des dirigeants [arabes]...ni de Saddam... » Mais pour lui, il y a bien une règle, et elle semble absolue : défier tout pouvoir sera une source de juste humiliation pour leurs auteurs...

Le hadith en question

1/ Si l’on jette un coup d’œil sur ce que disent les savants spécialistes du hadith sur ce hadith et toutes ses différentes versions, on remarquera très rapidement qu’elle ne possède pas le degré d’authenticité le plus élevée (sahîh) et que les oulémas divergent sur son compte : pour quelques-uns, il peut être qualifié de bon (à la fois hassan et gharib pour Tirmidhi) et pour beaucoup d’autres, il est clairement faible, avec parfois un trou dans une des chaînes de transmission et, quoi qu’il en soit, avec la présence d’au moins deux rapporteurs (dans sa version la plus forte...) sur lesquels les gens du hadith divergent (Sa’d Ben Aws affaibli notamment par Ibn Ma’In et Zayd Ibn Qoussay, un inconnu rapportant des chaînes étranges)

En réalité cette question de validité est une question scientifique anodine et anecdotique devant la manipulation générale et grotesque du sens qu’en donne ici Hamza Yussuf.

2/ Pour le comprendre revenons-en rapidement aux différents takhrij (détails et commentaires des différentes sources et versions du hadith) qui montrent qu’en réalité l’extrême majorité des versions indiquent une autre énonciation qui éclaire sur le sens et contexte réel de ce hadith :

Chez Abou Daoud : 

« celui qui humilie le sultan d’Allah, Allah l’humiliera.»

من أهان سلطان الله أهانه الله

Chez Ahmed :

« Celui qui honore le Sultan d’Allah sur terre, Allah l’honorera le Jour Dernier, celui qui humilie le sultan d’Allah, Allah l’humiliera le Jour Dernier.»

من أكرم سلطان الله تبارك وتعالى في الدنيا أكرمه الله يوم القيامة ومن أهان سلطان الله تبارك وتعالى في الدنيا أهانه الله يوم القيامة

Mais aussi dans plusieurs autres versions :

« Toute personne qui se dirige sur terre vers le sultan d’Allah sur terre pour l’humilier, Allah l’humiliera avant sa mort… »

 مَا مَشَى قَوْمٌ إِلَى سُلْطَانِ اللَّهِ فِي الْأَرْضِ لِيُذِلُّوهُ، إِلَّا أَذَلَّهُمُ اللَّهُ قَبْلَ أَنْ يَمُوتُوا

« Les premiers qui se dirigeront vers le Sultan d’Allah sur terre pour l’humilier, Allah les humiliera le Jour Dernier. »

 إِنَّ أَوَّلَ فِرْقَةٍ تَسِيرُ إِلَى سُلْطَانِ اللَّهِ فِي الْأَرْضِ لِيُذِلُّوهُ أَذَلَّهُمُ اللَّهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ

Et encore :

« Celui qui loue le sultan d’Allah, Allah le louera le Jour Dernier. »

من أجل سلطان الله أجله الله يوم القيامة

La compréhension du hadith :

Ici, c’est bien cette liaison entre Sultan (pouvoir) et Allah qui nous intéresse, et c’est la compréhension de cette liaison et son implication qui est pour nous fondamentale à saisir :

la légitimité politique et même la sacralité religieuse n’est liée qu’au pouvoir d’Allah sur terre, à l’autorité politique qui représente Son pouvoir, celle qui s’inscrit sous Sa propre autorité .

Car Hamza Yussuf, fait une généralisation extrêmement préoccupante, qui nuit au socle même de l’existence de l’Islam auquel il prétend appartenir, en soufflant cette idée que finalement « Tout pouvoir est islamiquement légitime, tout musulman doit accepter et intérioriser la soumission envers tout type de pouvoir politique, sans résistance, sans droit légitime, sans critique naturelle et fondée » : le pire étant, bien entendu que la contestation, la défiance et la rébellion mérite le châtiment divin...

S’il existe des Hadiths, semblables, assez proches ou différents, mais complémentaire et dans le même sujet, où cette liaison Sultan/Allah n’est pas clairement citée (comme ici la version de Tirmidhi qui n’évoque pas ‘sultan-oul-Lah’)[1] il n’est islamiquement pas honnête ni possible de croire que cette absence de liaison indiquerait chez les Salafs, chez les traditionnalistes, ou pire chez le Prophète lui-même, que n’importe quel pouvoir politique serait légitime ou que tout pouvoir représenterait l’ombre de Dieu sur terre !

« السلطان ظلالله في الأرض  »

Il est bien évident, implicitement ou explicitement, que le type de pouvoir méritant, fidélité, amour, soumission, acceptation, respect, obéissance, conseil, ou alors patience et résignation dans le pire des cas, est celui qui garantit le minimum d’objectif et d’intérêt islamique. Tout le reste étant soumis aux lois politiques et sociales inhérentes à l’humanité, si les degrés d’injustice sont telles que la population se révolte, la causalité est à la fois naturelle et normale, en plus d’avoir été prévisible.

Le chaos qu’elle peut engendrer n’est d’ailleurs pas le critère absolu d’appréciation, et nous rappelons à ce titre que la fitna absolue n’étant pas le sang, la destruction, le meurtre ou la guerre civile ( وَالْفِتْنَةُ أَشَدُّ مِنَ الْقَتْلِ/ « La fitna est plus grave que le meurtre » voir Ibn Kathir) , mais bel et bien la domination, le pouvoir et le règne du shirk, du kufr et du fasâd dans les sociétés humaines, à tel point que les êtres humains ne savent plus distinguer Bien et Mal, Vérité et Faux, Monothéisme pur et Polythéisme, Absolu et Relatif, Ordre et désordre : l’échelle des valeurs étant détruite, tout est travesti, mélangé et inversé...Et c’est bien là le règne du Taghout qui obscurcit la Saine Raison humaine

 لا إِكْرَاهَفِىٱلدِّينِ  قَدتَّبَيَّنَٱلرُّشْدُمِنَٱلْغَىِّ  فَمَنيَكْفُرْبِٱلطَّٰغُوتِوَيُؤْمِنۢبِٱللَّهِفَقَدِٱسْتَمْسَكَبِٱلْعُرْوَةِٱلْوُثْقَىٰ. (البقرة 256)

« Nulle contrainte en religion car le vrai s’est distingué du faux, quiconque croient en Allah et mécroit au Taghout saisit l’anse la plus solide... » [Coran 2/256]

Les paroles de Hamza Yussuf en rappellent d’autres...Et on remarque justement comment l’exigence mondiale de soumission politique de l’Islam touche toutes les sensibilités de l’Islam, de la tendance néo-salafiste jusqu’au traditionalisme « acha‘arite soufi ». Et d’ailleurs, c’est bien parce qu’elle touche toutes les sensibilités de l’Islam que l’on sait et l’on comprend que ce point est devenu une exigence politique mondiale à laquelle se heurtent ces différentes sensibilités et familles : celles qui veulent survivre doivent mobiliser des ressources théologiques pour justifier de n’importe quelle manière la soumission à l’ordre politique mondial. Soit de manière radicale en théorisant la réforme et l’acceptation des nouveaux dogmes séculiers, soit de manière plus fine en dépolitisant islamiquement la oumma.

Dans ce sens, les propos de Hamza Yussuf rejoignent directement ceux des extrémistes salafistes mourj’ites : ceux qui ont osé clairement expliquer que tout pouvoir (même non-musulman) devait être suivi et obéi sans contestation ni rébellion même s’il était illégitime par nature...

Mais de toute façon, soyons clair, il apparaît dans son ensemble, que la définition et vision de la foi, de l’Islam chez Hamza Yussuf est très clairement qualifiable de mourj’ite, ce qui est très sûrement et malheureusement la vision dominante et inconsciente de l’Islam que l’on constate chez bon nombre de nos contemporains[2].

Le point commun de tous les déviants sur cette question est d’inverser le sens de la proposition initiale du lien Sultan-Allah. Quand nous collons la réalité politique dans laquelle nous sommes au sens immédiat de leurs propos et à leurs conséquences, on s’aperçoit que le lien intime et la causalité fondamentale entre « Sultan » et « Allah », soit qu’elle n’existe que de manière résiduelle, soit qu’elle est simplement éliminée, soit qu’elle est complètement inversée.

Nous ne sommes plus en présence d’une proposition relative et conditionnée : « le pouvoir d’Allah [sur terre] », mais d’une proposition absolue inversée « tout pouvoir [humain] est d’Allah ». Ainsi fait, c’est tout l’argumentaire religieux inversé (c.-à-d. utilisé hors de son contexte réel) qui peut être utilisé contre la Religion elle-même. Et j’ai déjà expliqué ailleurs comment ce concept dangereux « Tout pouvoir est/vient d’Allah[3] » dans le monde occidental chrétien a accéléré le processus de sécularisation et de désacralisation de la religion, et a même aboutit à la laïcité en France, où l’Église et son clergé ont été perçus comme des suppôts du pouvoir et de la tyrannie...

Et finalement, ce même Hamza Yussuf, peut oser dire que le peuple syrien subit justement le châtiment d’Allah car il aurait voulu humilier Bachâr al Assad, implicitement : le sultan d’Allah !

Bachâr, nussayrite et baathiste qui impose une dictature socialiste laïque sur des musulmans sunnites. Demander le respect et la fidélité, la non humiliation envers un individu qui n’a même pas le privilège d’être considéré comme apostat, et dont le statut religieux le place théoriquement en dessous des chrétiens et des juifs...Tout ceci revient islamiquement à légitimer son pouvoir personnel qui est ouvertement...anti-islamique.

Cette position rappelle aussi l’extrémisme jabrite (toujours si bien lié à l’irja...) qui cherche à soumettre passivement les musulmans en agent résignés, passifs et fatalistes, totalement en dehors de leurs propres Histoire sans possibilité d’influer sur son cours, ni espérer de changement autre que par celui de l’intervention d’une Providence divine : histoire de les enfoncer un peu plus dans le messianisme et l’attentisme...Hamza Yussuf se positionne donc clairement dans le camp de la justification et la défense politique de l’ordre dominant actuel, cela même s’il s’en défend (devant le scandale et le ton de son propos, il vient de poster une vidéo s’excusant et répétant qu’il n’était pas partisan de Bachâr al Assad…).

Il adopte ici ce discours redondant visant à discréditer ou détruire tout esprit de résistance politique islamique dans la foi et le cœur des croyants, en usant du langage théologique pour affirmer l’interdiction de la révolte, l’obligation de l’obéissance, promettant le châtiment divin aux récalcitrants, et même soutenant par des fatawas honteuses la répression des manifestants assimilés à des ‘’khariji’’ : c’est à dire ceux qui sortent de l’obéissance d’un pouvoir criminel lui-même sorti de l’obéissance à Allah [4]!


3. TRAHISON DE LA PSEUDO-TRADITION ?

J’ai affirmé plus haut que l’islam auquel Hamza Yussuf s’est attaché symboliquement dès les débuts de sa prédication, était qu’une vision mythifiée d’un islam vu comme multiséculaire, une refondation très moderne (acceptable par la Modernité occidentale) qui ne correspond pas à la réalité historique de ladite « tradition » à laquelle il prétend appartenir. Plus qu’une ignorance de cette réelle tradition, c’est un travestissement qui trahit ses formes originelles authentiques.

Il est clair que dans le prolongement de son propos sur la punition divine (pour lui logique, donc finalement méritée) qu’aurait subie selon lui le peuple syrien, il y a, in fine, la soumission à l’ordre politique sans conditions préalables.

Cette soumission politique est implicitement comprise comme l’aboutissement naturel d’une foi intérieure apaisée, et d’une spiritualité de type soufie détachée de considérations terrestres et de buts politiques : une foi philosophique laïque, humaniste et progressiste absolument compatible avec n’importe quel ordre politique.

Or, il faut justement rappeler ici que Hamza Yussuf avait suivi les enseignements et avait été influencé par certaines personnalités rattachées à la tariqa soufie darqawiyya, ou plutôt, à l’idée qu’il(s) se faisait (font) de cette tariqa. Il s’est très longtemps considéré comme un soufi moderne et atypique, on peut encore l’écouter expliquer ce que lui-même a compris et retenu de la foi de l’imam Darqawi : https://www.youtube.com/watch?v=UkFWzlZ8u_s .

De manière générale, le soufisme contemporain l’a profondément marqué et c’est ce qui fut son tremplin idéologique et spirituel pour développer sa propre philosophie, et pouvoir voler de ses propres ailes pour devenir le prédicateur star du monde anglophone.

Ce qui est assez cocasse ici, c’est que la tariqa Darqawiya du nom du cheikh marocain fondateur, Mohamed el ‘Arbi Ad-Darqawi (1760–1823), [une branche de la tariqa shadhuliya], est justement connue pour être l’une des plus « radicales » et « insurrectionnelles » du Maghreb. L’occasion est trop belle de rappeler, par l’histoire, que les fantasmes contemporains sur la prétendue douceur d'une foi soufie humaniste sont bel et bien des reconstructions anachroniques qui ne correspondent plus à l’esprit originel de ces différentes tariqa, et que l’enseignement de leurs cheikhs actuels est soumis et écrasé par la Modernité contemporaine, et que cet enseignement influençant ou formant des individus comme Hamza Yussuf est une falsification tardive plus proche des croyances séculières que celle de l’Islam.

Celui qui aujourd’hui ose nous dire que ceux qui humilient et se révoltent contre le Dirigeant, Allah les humiliera, que sait-il réellement de la darqawiya dont il nous explique plus haut la Foi de son fondateur ?

Rappelons que l’ascétisme et le renoncement au monde que professait le cheikh Darqawi n’était pas uniquement et simplement un dédain des affaires mondaines (ce que comprennent aujourd’hui de manière laïque les néo-soufi), mais plutôt le rejet de l’ordre de son temps et un refus de se soumettre à lui : donc en réalité un acte très politique.

Il est même relaté des actions d’envergure menées par le cheikh Ad-Darqawi lui-même, de sa propre initiative politique et militaire, notamment sa participation au siège de Sebta sous le règne du Sultan al Mawla Yazid al ‘Alaoui[5]

Ses affiliés mèneront ensuite une vaste une attaque contre le port de Martil au nord du Maroc en février 1794 dans laquelle furent détruits cinq navires espagnols et 4 de leurs marins assassinés, à cela s’ajoute aussi des gardes marocains exécutés, sans compter la destruction de la Maison des comptes du port[6] : bien entendu, inutile de dire que cette attaque contre des étrangers et contre des fonctionnaires fut réalisée non pas sans la permission du Sultan mais plutôt comme un acte de défiance envers lui…

Le cheikh Darqawi sera d’ailleurs lui-même arrêté et emprisonné par le sultan Moulay Slimane pour dissidence et rébellion, il sera libéré par son successeur tant sa notoriété et son prestige étaient trop important[7].

La darqawiyya fera ensuite de très nombreux adeptes dans tous les territoires de l’Est, alors sous administration turque, notamment Tlemcen, l’Oranais et le désert saharien qui formeront l’Algérie. Et là encore le même esprit insurrectionnel se fera remarquer :

« La révolte des affiliés de Darqawi aux côtés de Ibn al Ahrach et Abdelqadir Bin Sharif el faliti contre les Turcs en Algérie, or cette révolte a été décrite comme étant la plus grande et la plus dangereuse révolte à laquelle les Turcs durent être confrontés depuis leurs arrivée en Algérie »[8].

Les Turcs seront même obligés de demander au Sultan au Maroc de faire intervenir Ad-Darqawi pour essayer de « calmer » ses affiliés...Mais avec la prise d’Alger par les Français en 1830, la darqawiya entre pleinement dans la résistance (sans délaisser pour autant la dissidence) et elle fut considérée par les auteurs coloniaux comme une tariqa fanatique exaltant le jihad et dangereuse pour leur entreprise coloniale.

Un rapport de l’inspection général française en Algérie datée de 1864 décrit :

« Les darqawites nous considèrent comme leurs ennemis viscéraux car leur but est spécialement politique, ils voulaient construire à nouveau un empire islamique et nous chasser, ce mouvement est très répandu au Sud, il est très difficile de les surveiller, les rassemblements des frères étaient tenus secrets et la plupart de leurs dirigeants sont connus ».

Mais c’est le français Xavier Coppolani (1866-1905), qui tient à la fois de l’orientaliste savant et de l’administrateur colonial, qui décrit le mieux la réalité de la Darqawiya et ses penchants révolutionnaires et "jihadistes"[9] :

« (...) Plus austère, plus rigoriste que son maître [d’obédience Shadili, NDA], il tombe dans un puritanisme outré et fait de l’école des shadiliya, une confrérie de derviches exaltés, aux pratiques sévères s’offrant en exemple à la foule et combattant aussi bien les gouvernements établis que les musulmans qui ne suivent point leurs doctrines rétrogrades. […] Malgré tout le rigorisme de cet enseignement, il n’en est pas moins vrai que, dans tous les mouvements insurrectionnels dont l’Algérie et le Maroc ont été le théâtre depuis la formation de la confrérie, on a trouvé la main de ces sectaires farouches, de ces hommes en haillons, ces puritains de l’Islam, ces derviches fanatisés par des prédications ardentes, que sont les shadiliyya-derqawoua.

C’est que les exhortations de leur chef à demeurer éloignés du monde, ne pouvaient se concilier avec les recommandations qu’il leur adressait d’autre part, de haïr et de persécuter dans l’ombre tous ceux qui, de près ou de loin, détenaient une parcelle du pouvoir temporel ou s’y rattachaient par d’autres liens. Aussi, voit-on des fauteurs de désordre apparaître à la moindre occasion et donner libre cours à leur fanatisme.

Ici, c’est un nommé Mohammed Ben Ali qui représente les Turcs comme des musulmans sans croyance. Retiré dans les montagnes des Medjedda, il appelle les fidèles ardents dans la voie de Dieu, à la guerre sainte […] Au fur et à mesure qu’ils sont battus, ils disparaissent momentanément pour reparaître plus fort, plus ardents à la lutte, guidés par d’autres chefs et toujours animés des mêmes sentiments de haine et de rebellions qui les caractérisent. Leurs coreligionnaires, eux-mêmes les qualifient de révoltés et traduisent le surnom d’Abou-Derqa par l’homme au bouclier »

Concernant la zaouïa darqawiyya de Madaghra au Maroc, dirigée par le chérif Ahmed el Hachim ben al-‘Arbi (décédé en février 1892 à l’âge de 93 ans) et basé dans une zone géographique stratégique, Coppolani note :

« ...ses doctrines anti-sociales et sa haine pour les gouvernements établis, font de son monastère le refuge des rebelles, des dissidents et des repris de justices...L’hostilité de ce vieillard à notre gouvernement se manifestait en toute occasion : en mars 1888, il faisait publier, dans le Tafilelt, des proclamations à la guerre sainte, et depuis il n’avait jamais cessé de nous susciter des difficultés »

Coppolani finit par conclure :

« On peut considérer la confrérie, comme la plus importante du Maroc, celle qui représente réellement, l’esprit et les aspirations des populations berbères et constitue le parti de l’opposition systématique au gouvernement...[…] Telle est rapidement esquissée, la confrérie de ces derviches en haillons qu’on a si souvent présentés, avec raison, comme des messagers d’instructions tendant à jeter la perturbation dans les contrées qu’ils parcourent, ou des apôtres affectant de prêcher une abstention complète des affaires du pouvoir temporel. Ce sont les socialistes musulmans de l’Afrique Septentrionale, tout comme les wahhabites sont ceux du Hejdaz. Ils n’admettent aucun joug et sont en insurrection permanente contre tous ceux qui détiennent le pouvoir, qu’ils soient arabes, turcs ou chrétiens. »

Quelle ironie de voir presque 120 ans après les derniers remous de la Derqawiyya[10] les prétendus inspirés du soufisme darqawi nous faire justement l’éloge de la soumission, de l’obéissance et de la non-rébellion contre le dirigeant. Aux descriptions des orientalistes d'antan sur certaines confréries soufies, correspondent aujourd'hui les descriptions des islamologues envers tout groupe islamique militant et/ou combattant, quelle que soit son obédience ou tendance.

Et très justement, originellement le renoncement au monde chez beaucoup de tariqa était aussi compris comme le rejet de l’ordre politique et sociale dans lequel les adeptes vivaient malgré eux, ordre temporel vu comme corrompu et corrupteur. Si le renoncement et l’ascèse pouvait être apaisés, très facilement, ils pouvaient basculer dans la contestation politique et militaire. Ce fut exactement le cas avec la Darqawiyya tel que le remarque un officier de l’armée coloniale française : « Ennemi de toute puissance temporelle, les Derkawa font une opposition constante et systématique à toute force qui n’a pas pour but l’application des préceptes du Coran »[11]

Or, avec la présence française en Terre d’Islam, cette croisade coloniale exalte très rapidement les sentiments politiques et religieux de nombreuses tariqa :

« Les cheikhs des zaouiya choisissent dans leurs enseignements de la lecture des passages du Coran qui nous sont directement hostiles, cela détruit aussitôt chez eux le sentiment que l’on a œuvré à établir via nos administrations, les influences religieuses sont ressenties comme nos pires ennemis, que l’on doit craindre et envers laquelle on doit planifier des mesures, d’ailleurs les tribus qui nous sont les plus hostiles sont celles ou prolifèrent l’enseignement islamique... »

Le but n’est pas ici d’expliquer le pourquoi de la transformation du soufisme en religiosité qui désormais ne met en réalité l’accent que sur la foi intérieure et la transcendance. Brisées politiquement par la colonisation, doctrinalement et intellectuellement par la Modernité, beaucoup de tariqa se sont justement réfugiées dans le dernier ressort qui constituait à la fois leur berceau historique mais aussi son tombeau : la spiritualité.

Finalement la tradition soufie contemporaine s’est reconstruite sur ses propres décombres en oubliant ses propres positions historiques (politiques et religieuses) découlant d’une ancienne tradition qui, même si elle n’est pas totalement oubliée, ne peut plus être ressuscitée par elle sans briser son socle moral actuel…

Que Hamza Yussuf, d’origine américaine, jeune ado pendant les années hippies, en quête de spiritualité à la fin des 70’s, se soit converti et qu’il se soit d’abord baigné dans cette néo-tradition relookée en philosophie occidentalo-compatible, pourrait être excusable et non problématique, si ce dernier avait véritablement fait preuve de modestie et de précaution dans ses propos, avec relativité et sans absolutisation.

Mais comme je l’ai dit encore plus haut, et malheureusement, les ressorts psychologiques sont souvent très utiles pour comprendre les mécanismes idéologiques et intellectuels personnels quand les positions islamiques affichées deviennent incohérentes et difficiles à comprendre avec le seul « logiciel Islam ». Et c'est encore le cas avec ce personnage.

Car Hamza Yussuf n’en est pas à son coup d’essai, ses propos choquants, qu’il tente désormais de diluer dans une argumentation moins cynique et plus habile, sont à relier avec des actions concrètes et autres propos et positionnements qui dévoilent une réalité assez loin du sage philosophe moderne d’un islam « universel » (c'est à dire capable surtout d'absorber des valeurs étrangères...)


4. AMÉRICAIN CONVERTI À L'ISLAM OU UN ISLAM CONVERTI À L'AMÉRIQUE

En termes de positionnement politique, il y a même chez Hamza Yussuf de plus en plus de choses qui le rapprochent de l’américain moyen, mâle et blanc de plus de 60 ans, qu’un musulman fondamentalement converti à l’Islam depuis 40 ans…

Dès 2001, il fut le seul musulman (représentant donc l’Islam...) dans une délégation religieuse (dominée par les membres de la droite évangéliste, orthodoxes juifs, sionistes) rencontrant Georges W. Bush et donnant son approbation dans la "Guerre contre le Terrorisme", celle du Bien contre le Mal qui n’a pas cessé depuis.

Le véritable gag lors de cette entrevue, fut révélé plus tard : le nom de l’opération militaire contre l’Afghanistan devait se nommer initialement « Justice Infinite/Justice infinie », notre lion soufi, Hamza Yussuf, sauva l’honneur de l’Islam en terrorisant Bush, énonçant que les musulmans prendraient mal cette dénomination « car seul Allah rend la Justice finale ! » Le président US complètement décontenancé devant cette démonstration de force et la puissance de l’argument décida de renommer l’opération « Enduring Freedom/Liberté immuable » : les bombes américaines seront plus acceptables par une telle oumma ! « Thanks Hamza...Good job ! »

Mais c’est véritablement avec l’élection de Donald Trump que le potentiel de négation islamique de Hamza Yussuf s’est totalement révélé. Rappelons que Trump a construit son élection sur une rhétorique très proche de l’ultra-Droite, anti minorité, anti étrangère, anti islamique, raciste quasi ségrégationniste, anti hispanique, anti amérindienne, anti noire et anti arabe, un positionnement international pro-israélien, humiliant dans sa campagne présidentielle la fidèle alliée Arabie Saoudite (vache à lait à traire jusqu’à la lie).

Surtout qu’il a plusieurs fois pris pour cible l'Islam et les musulmans, notamment en clamant l’impossibilité d’être musulman et américain, rappelant une incompatibilité qui forçait à choisir ou l’Islam ou les USA, qu’il fut l’auteur de tweets tel que « Islam dehors » ou « rentrez dans votre pays » et « L’islam nous hait » (oui ça c’est un peu vrai, mais ni plus ni moins que Geronimo ou Crazy Horse…). L’étrange silence d’un grand intellectuel musulman engagé comme Hamza Yussuf fut brusquement suspendu quand il compara ensuite Donald Trump … à Gorges Washington : héros suprême de l’Histoire américaine et de son indépendance.

Non content de cette comparaison grotesque, il demanda aux musulmans américains de ne pas protester contre Trump, de se soumettre (encore !) aux résultats électoraux : « Nous avons trop de travail à réaliser : ne pas protester, ne pas allumer de feu, ne pas dire :" Trump n'est pas mon président’’...C'est le cas, et c'est ainsi que fonctionne notre système : accepter les résultats et passer à autre chose... » : foi aveugle envers la démocratie libérale US, celle que l’on demande envers l’Islam...

Alors que le mouvement social anti Trump grossissait en parallèle à la dénonciation des violences policières et des meurtres de noirs par des policiers blancs, Hamza Yussuf prêchait de sorte que les musulmans américains ne participent pas à ces mouvements de contestation…Dans une vidéo d’une conférence réalisée à Toronto (Canada), il osa apporter un point de vue digne de Trump lui-même : 

« Les États-Unis sont probablement l'un des pays les moins racistes au monde. Nous avons entre 15 000 et 18 000 homicides par an. 50 % sont des criminels noirs contre d’autres noirs, Clairement… Deux fois plus de Blancs ont été abattus par la police, mais personne ne montre ces vidéos... »[12]

Dans cette même conférence, il déclarera tel un véritable télé-évangéliste du protestantisme islamericain « Dieu est au pouvoir...Trump est un serviteur de Dieu »… Avec une telle vision, on comprend mieux les insultes faites aux syriens pour avoir voulu humilier Bachâr al Assad.

Alors que l’islamophobie présidentielle US est devenue une institution, et que les musulmans américains sont dans le viseur des services de renseignements et des multiples agences de sécurité intérieure qui traquent si bien les pseudo-terroristes qu’elles en créent elles-mêmes pour pouvoir les confondre avec leurs propres preuves fabriquées, le tout en niant les Libertés et bafouant les Droits fondamentaux : Hamza Yussuf avait (récemment) accepté un poste officiel à la Commission des Droits de l’Homme supervisée par le sioniste Mike Pompéo.

Un conseil dont le but était en réalité d’essayer d’accommoder de manière très pragmatique la contraignante théorie des Droits de l’Homme avec des pratiques politiques devenues trop borderline. Devant l'immense scandale et le very bad buzz dans la communauté muslim US, là encore Hamza Yussuf a préféré reculer...

Il est clair que le pragmatisme de Yussuf sur la question des Droits de l'Homme est total, lui qui qualifie les Émirats Arabes Unis de pays modèle de tolérance...Pourquoi ? « Il a Ministère de la tolérance... » !![13] On est littéralement écrasé devant tant de pertinence...Heureusement que Nentanyaou n’a pas de ministère des affaires palestiniennes au sein de son gouvernement car qui sait ce que la sagesse de Hamza aurait pu en déduire...Mais ce qu’il avouera moins c’est que les pétrodollars d’Abu Dhabi finance grandement une organisation islamique internationale dont il est vice-président…CQFD.

On pourrait se demander où est la trace de l’Islam dans ces différentes positions et engagements, où dans ses choix résonne clairement la voix de l’islam, et que cette voix soit même soufie ou autre peu importe ici : mais où sont les résidus de cet enseignement de cet « Islam traditionnel » reçu auprès de ces vénérés chouyoukh ?

Il est devenu évident que ce dangereux imposteur, predic-acteur star de l’islam outre-Atlantique, est à la spiritualité musulmane ce que la junk food US est à la gastronomie : un vomi toxique.

On peut aussi très sincèrement se demander si Hamza Yussuf n’est pas simplement un américain ayant eu besoin de spiritualité musulmane dans sa vie plutôt qu’un vrai musulman américain converti à l’Islam ? Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre à cette question, ni même sûr que lui-même puisse vraiment y répondre...

Au-delà de sa dérive intellectuelle et idéologique, recherchant clairement à affirmer son leadership politique de « musulman américain » au sein des USA et du monde, beaucoup ont dénoncé son paternalisme et sa condescendance envers les musulmans (réels) ceux du quotidien dans la société US, loin de leurs préoccupations, de leurs sensibilités et de leurs demandes, cela avec un sentiment de supériorité typiquement occidental.

Dans ses moqueries anti-syriennes n’a-t-il pas osé affirmer que les musulmans étaient incapables de se gouverner eux-mêmes ? (https://www.youtube.com/watch?v=x96kvfDNjhs) :

« Nous n’avons pas de société civile, nous ne pouvons même pas faire la queue correctement pour monter dans un bus. »

Remplacer le « nous » par le « Ils » et ce passage fera écho à des discours colonialistes et impérialistes, dans lesquels la science (darwinisme sociale, évolutionnisme politique) justifiait la mise sous tutelle de barbares incultes et impropres à développer une civilisation digne de ce nom...

C'est comme si le masque tombant, elle découvre la face hideuse d’une islamisation de pure forme, celle héritée d’une pseudo tradition, d’une prétendue sagesse soufie, stérile et vide, qui, incapable de transformer les individus en profondeur, s’attache à faire briller la société dans laquelle ils vivent, à sa surface.

Et Hamza Yussuf a fait le choix de faire briller sa société d'origine et son modèle de civilisation en le saupoudrant de philosophie spirituelle abrahamique, celle que le christianisme ne pouvait plus offrir à l'Occident.



Aïssam Ait-Yahya

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[1] Recenser tous ces hadiths et athars (et leurs différentes versions), constitueraient une œuvre à elle seule tant ils sont extrêmement nombreux, en réalité la question de l’authenticité ou non de ces différentes et multiples versions n’est pas importante : le sens du texte ne pose aucune contradiction avec les principes généraux de l'Islam. C'est donc la compréhension et l’interprétation du texte/matn qui importe ici non la validité de la chaîne.
[2] Et c’est la raison pour laquelle je crois, comme nos anciens salafs, que l’irja est bien plus dangereux et plus répandu dans la oumma, hier comme aujourd’hui, que l’extrémisme de type kharijite qui est lui , en réalité, très minoritaire ; seul les médias occidentaux et leurs semblables dans le monde musulman en exagèrent la réalité pour des raisons politiques bien évidentes : poursuivre plus facilement le processus de domestication de l’Islam..
[3] Je rappelle que « tout pouvoir vient d’Allah » est vrai dans un seul sens, c’est à dire que selon Sa volonté ontologique (irada kawniyya) mais non selon Sa volonté religieuse (irrada shar‘iyya). Les extrémistes mourjites-jabrites confondent les deux dans leurs argumentaires politico-religieux. Allah peut laisser le Mal régner, par volonté d’éprouver ou pour punir, ou par les sunans d’Allah sur Terre, ou par une hikma qui nous échappe, cela procède de Sa volonté divine de type ontologique, cela ne veut pas signifier que les hommes doivent s’y soumettre religieusement car la volonté religieuse d’Allah est de faire appliquer son Ordre sur terre, cette application fait partie intégrante de son adoration. Or on ne peut pas délibérément adorer par obéissance intériorisée un ordre politique non islamique.
[4] Nous l’avons déjà dit ailleurs, le prétendu consensus (ijma‘) existant sur cette question est issu d’une volonté historique pragmatique de mettre fin à une situation difficile sous les premiers omeyyades. Elle ne fut qu’une sorte de fatwa historique, un avis circonstancié pour résoudre un problème politique, pour assurer la cohésion de la oumma, pour assurer le minimum d’intérêt général, et qui s’opposait au (véritable) kharijisme insurrectionnel, avis religieux devenant conformiste mais dont une mauvaise lecture de l’histoire musulmane a justement fait croire, au cours du Temps, qu’elle était un fondement immuable et intemporel de la ‘aqida sunnite. Or, rien n’est plus trompeur et rien n’est plus simple à prouver, par l’histoire et par l’étude des évolutions du Droit islamique. Si cet avis n’est fondamentalement pas erroné, il reste juste et valable dans un cadre précis, et selon des limites qui doivent être constamment rappelées sous peine de poursuivre la désintégration et la disparition de toute une réalité de l’Islam. Et il est temps de remettre en question ce fiqh politique statique qui non seulement ne correspond plus en rien au contexte de son élaboration initiale, dont l’utilisation est contre-productive, ne résolvant aucun problème politique structurel du monde musulman, mais bien pire, qui sert d’outil aux ennemis de l’Islam.
[5] Ahmed ben ‘Ajiba dans « al Fahrassa » page 67.
[6] Mohamed Mansour’ « Tetouan wal makhzen » page 11
[7] « An-natamat fi tarajim ‘oulama wa soulaha iqlim Taounath »
[8] Al gharbi al ghali al hayat as-siyyassiya fi niyabat al jazaïr ibbana ‘asri ad-dayyat : tawratou ibn Asharif ad-Darqawi dida al atrak fi matla’I al qarni at-tasi’ achar, Revue Dirassat tarikhiya N° 19-20, 7éme année, 1985-1986, page 164.
[9] « Confrérie de l’Islam », à partir de la page 504.
[10] L’orientaliste colonial Edmond Doutté écrivait encore : « Les Darqawa sont donc des derviches mendiants. C’est un ordre dangereux, que l’on retrouve dans presque toutes les insurrections qui ont eu lieu contre des gouvernements » in, ‘L’islam algérien en 1900’.
[11] « Les Khouan : ordres religieux chez les musulmans de l’Algérie » (Edouard de Neveu, Deuxiéme Edition 1846, page 150)
[12] Défendant l’indéfendable et mélangeant entre chiffres absolus et la proportion toute relative de ‘chance’ d’être abattu par la police en fonction de la couleur de peau aux USA. « Reviving Islamic », Toronto, Canada, 2017.
[13] Chacun sera libre de mesurer islamiquement l’échelle de la tolérance des EAU et son amour de la paix : amitié avec évangélistes radicaux US et extrémistes sionistes israéliens, statue géante représentant des divinités indiennes pour décorations publiques, blocus ‘’anti-qatar’’ et chasse ‘’anti Fréres-musulmans’’, bombardements et destruction du Yémen...

2Commentaires

    • Avatar
      BT
      Sep 23, 2019

      Salam aleykoum wa rahmatoullahi wa barakatouh,Je voulais juste vous dire qu'il a fait une vidéo par la suite pour dire son mea culpa et s'excuser pour les propos qu'il a prononcé auparavant: https://youtu.be/YcYNdmaA-Oo

      • Avatar
        Tor
        Sep 24, 2019

        Je pense que l'auteur le sait et il nous le dit d'ailleurs:Car Hamza Yussuf n’en est pas à son coup d’essai, ses propos choquants, qu’il tente désormais de diluer dans une argumentation moins cynique et plus habile.... [...]Hamza Yussuf se positionne donc clairement dans le camp de la justification et la défense politique de l’ordre dominant actuel, cela même s’il s’en défend (devant le scandale et le ton de son propos, il vient de poster une vidéo s’excusant et répétant qu’il n’était pas partisan de Bachâr al Assad…).

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