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De l’aveuglement du cœur face à l’empêchement des actes [1/4]

De l’aveuglement du cœur face à l’empêchement des actes [1/4]

De l’aveuglement du cœur face à l’empêchement des actes [1/4]
Rappels inspirés des écrits de l'Imâm ibn Qayyim al-Jawziyya

[...]

Souvent, nous entendons nombre de gens arguer de l’infinie mansuétude du Créateur, visant à amoindrir et atténuer l’aspect ignominieux conféré par leur désobéissance, quand ceux d’en face martèlent avec constance et âpreté que la vindicte d’Allah est sans pareille, qu’Il est sévère en punition, soulignant les versets porteurs du châtiment dantesque et implacable dont s’est doté l’Auteur du même Texte.

Ces dernières années, moyennant une certaine recrudescence plus récemment, les polémiques touchant ce thème prirent un nouvel essor, doublé d’un virage particularisant.

La globalisation de la guerre contre l’Islam, le discrédit systématique jeté sur ses adeptes, la mise au ban et à l’index de tout récalcitrant, eurent progressivement raison des poches résiduelles de prédicateurs ou fidèles zélés aspirant à la restauration d’un ordre califal, idem pour les velléités révolutionnaires de mouvances, groupuscules ou individus sensibles à ces causes, chez qui le vague à l’âme remplaça la hardiesse, auxquels succéda la résignation.

Le fidèle indocile au processus d’acculturation et sécularisation visé par la désislamisation, initialement muette, mais plus largement la promotion d’idéologies modernes ou rivales (tel l’ultra-matérialisme), se tient dès lors au pied du mur, sommé de transiger avec ses principes, pendant que le très médiatisé « zemmourisme » lui intime de s’assimiler passivement. Lui reste à trouver sa place entre Éric et Corinne, dans un paysage judéo-chrétien pourtant officiellement athée et laïque, oppressivement démocrate et tyranniquement républicain, auquel il ne comprend plus rien.

La détermination s’étant érodée, mis à part les organisations qualifiées de radicales ou terroristes agissant en qualité de repoussoir (dont l’accusation, parfois, se vérifie), cela donna le champ libre aux hérauts et chantres de l’Occident, à qui il ne restait qu’à enfoncer le clou, à sceller le cercueil, celui du bastion où se terrent les irréductibles monothéistes encore fiers de l’être. Le musulman isolé et lambda, quant à lui, le « murabit » des temps modernes, s’il ne trouve pas la force de s’insurger et pérenniser les acquis de sa foi, n’a le choix qu’entre le risque de se voir dévoré par le loup néocolonial, ou se fondre au sein du troupeau de ses pairs.

Ce qui, sensiblement, revient au même. Voyant ses frères et sœurs tour à tour renoncer, il observe impuissant cette pandémie virant à l’hécatombe, quand, proportionnellement, la tentation de céder et rejoindre la caravane des déserteurs, s’accroît avec le nombre. L’un y va de sa lubie, son fantasme inassouvi, son obsession passagère, son ambition personnelle [dévorante], l’autre prend soin d’arrondir les angles, de saupoudrer ses projets et discours d’un vernis religieux, altruiste, presque pieux, préférablement en prenant soin de miser davantage sur l’attentisme du long terme que l’urgence des impératifs communautaires du moment.

Chacun, sous couvert d’Islam et de bienfaisance, sculpte sa propre idole. Baptisée œuvre pie, soutien humanitaire, carrière professionnelle, études profitables, sur fond d’une spiritualité de façade rimant avec assouvissement des caprices égotiques de l’âme, pendant qu’autour de lui le monde s’effondre. Ainsi, le défaitisme devient la nouvelle norme.

Parmi la myriade d’associations et amas de croyants, ici, [seuls] deux nous intéressent. D’un côté, nous trouvons le vulgum pecus en proie aux tentations humaines, chez qui la concupiscente propagande donne lieu à de regrettables et ponctuels travers. Conscient de son état, rongé par la culpabilité, le fait de céder aux péchés produit en lui, alternativement, un effet secondaire salvateur ou quasi délétère, en fonction d’une ribambelle de facteurs et variables, selon la situation du concerné et son cas particulier. Point sur lequel nous reviendrons ultérieurement.

Un tel statu quo peut s’avérer générateur de névroses, s’il est maintenu et ne trouve aucun exutoire, au point d’entraîner des actes désespérés et extrêmes, dont les médias se font occasionnellement le relais. Il s’agit du pécheur qui, malgré tout, « aime Allah et Son Messager »[1], et dont la tension, voire collision permanente entre idéal et réel, crée une instabilité à même de le perdre ou le sauver. De l’autre, nous situons les personnes originellement informées des réalités, subtilités et exigences de notre époque, chez qui le poids de ces implications devint si lourd et pénible à supporter, qu’ils en vinrent à réviser leur copie, préférant amputer leur dogme, adapter les retombées juridiques de notre contexte, cloisonner des pans entiers du « din », par souci d’incohérence et manque de sérénité.

Objets d’une dissonance cognitive si intense, ils optèrent pour une solution drastique, consistant à régler le problème en amont, en court-circuitant le logiciel éthique dès le démarrage. Posture se matérialisant à travers un paradigme dont la contrefaçon est flagrante, mais confortable, évacuant culpabilité, responsabilité collective et obligation communautaire ; spécialement focalisé sur les œuvres méritoires, dont ils font le point nodal de leur existence, au détriment de l’accomplissement des obligations supérieures, l’acquittement des commandements majeurs, l’abolition des prohibitions capitales.

Il s’agit du quidam refusant de s’avouer la vérité à lui-même, insoumis refoulé, dans le cadre d’un déni ombrageux qu’un bref échange verbal met à jour. Nous pourrions adjoindre à ce duo une classe intermédiaire, avec un pied dans l’une et l’autre, qu’illustre le cas du pécheur qui, au-delà de sa désobéissance, commence et persiste à édulcorer, puis justifier son état. Si à la base son problème relève de tentations en lien avec les pulsions et instincts primaires, excusables sous réserve qu’Allah le pardonne, le fait d’entériner semblables allégations s’inscrit précisément dans la logique des passions, de l’ambivalence dont se nourrit l’inclination vers l’ambigu, que dénonce et blâme bien plus durement le Coran[2]. Attitude débutant et trouvant son origine dans la première, généralement, dès qu’il se voile la face, la seconde est sa destination finale.

De ce marasme, naquit notre faux dilemme. Antagonisme opposant désormais celui qui pèche, dont la désobéissance est consensuelle et manifeste, à celui qui s’entête à nier l’évidence, fut-ce en tant que dévot, mécène actif ou ascète. A bien y regarder, écho d’un passé lointain, l’imposture ressurgit plutôt des couloirs de l’Histoire, où elle y fut battue en brèche maintes fois. Ce qui rendra notre tâche aisée, via l’emprunt de répliques et illustrations, auprès de nos émissaires d’hier et leurs œuvres.

Le squelette de l’Islam étant en miettes, hors de question d’engager de longues diatribes et démonstrations alambiquées, à renfort de citations et de règles juridiques, politiques, économiques, militaires, matrimoniales, et ainsi suite. Que nenni. Trop peu y sont encore réceptifs, et après avoir dynamité les fondements dogmatiques du « Tawhid », de même que ses ramifications et applications pratiques, immédiates et concrètes, la seule substance qu’ils tolèrent encore, de par son caractère volatile et insaisissable, est l’aspect strictement parénétique et mystique issu de la métaphysique inhérente à l’Islam. Disons son versant spirituel.

Cet habillage, habilement dépouillé de l’élan et souffle civilisateur intrinsèque à la traditionnelle dyade « Coran – Sunna », consacre la nature proprement individualiste de cette nouvelle religion, dont la théologie hautement nombriliste, se ramène et résume à cet ersatz égotique, mutilé, mais surtout neutralisé, d’un Islam se voulant originellement souverain, qui, passé entre leurs dents acérées, mâché et ruminé jusqu’à l’excès, finit recraché sous la forme d’un subjectivisme solipsiste.

Egocentré à point, tout à fait dans l’air du temps. L’avantage principal de ce simulacre, célébrant l’impalpable, l’insondable, s’il fallait n’en citer qu’un, est précisément qu’il n’engage à rien. Notamment sur le plan de « l’obligation absente ». Inutile, donc, de citer pontes et érudits passant pour autorités dans chacune des matières et spécialités occultées à l’heure actuelle, contentons-nous d’en rester à la seule sphère invoquée comme noyau de l’affaire, la dernière pelure de « iman » dont se prévalent nos protagonistes fidéistes puritains, à savoir la question du péché volontaire et l’égarement de celui dont le cœur s’aveugle, du point vue spirituel.

En cette saison concluant l’an de grâce 1440, durant laquelle légions et cohortes de pèlerins déferlent en terre sacrée, dans l’exercice des rites millénaires à la symbolique prégnante, à l’orée de l’annuelle consécration sacrificielle, comment ne pas avoir en tête l’archétype exemplaire de la persistance en quête de certitude suprême ? L’étalon à partir duquel nous modelons notre souvenance d’un parcours inspiré, menant à l’abattage sacramentel.

L’antique parangon de l’Unicité divine, le « Hanif » éternel, surnommé « père des monothéistes » au nombre desquels comptent Isma’il et Ishaq : Ibrahim « Al Khalil », l’intime d’Allah. Afin d’opérer, en douceur, l’idéale transition nous conduisant au sujet initial de ce texte, pourquoi ne pas s’appuyer sur un verset citant ce noble prophète, avant de déployer l’arborescence des thèmes, touchant à l’intrication profonde de ce legs coranique avec notre problématique actuelle ? La trente-septième sourate (As Saffat) nous semble un exemple opportun. Allah nous y cite l’exemple de Nuh (paix sur lui), puis inscrit Ibrahim dans sa lignée, théologique avant tout :

وَإِنَّ مِنْ شِيعَتِهِ لَإِبْرَاهِيمَ (83) إِذْ جَاءَ رَبَّهُ بِقَلْبٍ سَلِيمٍ (84) إِذْ قَالَ لِأَبِيهِ وَقَوْمِهِ مَاذَا تَعْبُدُونَ (85) أَئِفْكًا آَلِهَةً دُونَ اللَّهِ تُرِيدُونَ

{Du nombre de ses coreligionnaires, certes, fut Ibrahim. Lorsqu’il vint à son Seigneur avec un cœur sain, ou qu’il s’adressa à son père et aux gens de son peuple, en ces termes : « Qu’êtes-vous donc en train d’adorer ? Seriez-vous en train d’adopter mensongèrement des divinités en dehors d’Allah ?} [Sourate 37, versets 83-86]

Lorsque ce noble prophète, père des monothéistes, nous est décrit, qu’entend-on par « cœur sain » ? En vue de nous informer, entamons notre odyssée via un elliptique détour chez Ibn Kathir[3], classique indétrônable, qui introduit son commentaire par une citation d’Ibn ‘Abbas, déclarant que l’objet visé n’est autre que le témoignage « nul n’est en droit d’être adoré en dehors d’Allah ». S’ensuit une exégèse d’Ibn Sirin (dont la chaîne est qualifiée d’authentique), interrogé sur le verset, répondant qu’il s’agit de savoir qu’Allah est la Vérité, qu’il ne fait aucun doute que l’Heure aura lieu, et qu’Allah [en cette occasion] ramènera [les habitants] des tombes.

Quant à lui, Al Hasan, aurait dit : sain de tout polythéisme. Laissons la parole de ‘Urwa de côté. Passons au « Jami’ li Ahkam il Qur-an[4] » d’Al Qurtubi, au sein duquel, avant de s’attarder sur les fameuses transmissions passant par Ibn Sirin (moyennant d’infimes variantes dans les énoncés), dont l’une est empruntée à Tabari (toujours sous forme de questions posées sur le sens du verset), l’Andalou entame l’explication par une déclaration simple, mais claire : « demeuré sauf d’idolâtrie et de doute »[5].

On appréciera la citation finale, plus complète que chez Ibn Kathir, dans laquelle Ibn ‘Urwa cite son père, avant qu’Al Qurtubi ne se résume en empruntant l’analyse d’Al Mawardi, dans son « an Nukat wal ‘Uyun » (vol.5, p.55), envisageant le rapport d’Ibrahim vis-à-vis d’Allah sous deux aspects, le premier à travers l’appel au Tawhid et s’y plier, le second selon l’épisode où il fut jeté [et délivré] dans le brasier. Sa’di, quant à lui, plus expéditif et plus bref, là où Qurtubi parlait de doute, Ibn Nasir rattache la préservation d’Ibrahim à l’idolâtrie et l’équivocité (الشبه), à quoi il ajoute les instincts pulsionnels (الشهوات)[6].

Deux périls qui, polythéisme mis à part, respectivement, font obstacle à la représentation et conception de la vérité dans l’esprit de celui qui est sujet au premier, ou dans le cas du second, empêche d’agir (en matière d’œuvres pies) l’individu. La suite du propos décrit les effets du cœur sain. Si l’on en reste à la problématique du doute, de l’ambiguïté, puisque la question de l’idolâtrie et des désirs primaires est claire, on cerne déjà la gravité du danger auquel l’on est exposé, indépendamment de l’étau représenté par cette triade diabolique : annulatif du monothéisme – égarement – péché.

L’apostasie de l’islam n’a rien d’ambigu, la commission de péchés non plus. Demeure alors le problème de l’entre-deux, où l’on navigue en eaux troubles, dans un faux mêlé de vérité. Autrement dit, on reste dans le registre de l’incertitude et l’indétermination, peu importe l’exégète invoqué.


H. C.
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[1] Allusion indirecte aux récits de divers Compagnons, notamment les deux hadiths rapportés chez l’imam Al Bukhari (n°6780 et 6781). Nous ne rentrons évidemment pas dans le débat sur l’identité exacte des personnes citées dans chacun des hadiths. Se référer par exemple à « Fath ul Bari », le commentaire d’Ibn Hajar Al ‘Asqalani, volume 21, p.440-452, de l’édition publiée chez Dar ar Risala al ‘Alamiyya, vérifiée par Shu’ayb Al Arna-ut et ‘Adil Murshid. S’agit-il de Nu’ayman ibn ‘Amr, son fils, ou quelqu’un d’autre ? Le récit s’est-il déroulé suite à Khaybar ou la prise de la Mecque ? Faut-il réunir les versions présentes dans tous les recueils, ou sont-ce des récits et Compagnons différents ? En effet, quantité des récits circulant au sujet de Nu’ayman sont particulièrement faibles, tout comme les narrations évoquant ou taisant le nom des protagonistes. L’essentiel étant, pour ce qui touche aux versions authentiques, le sens des répliques attribuées au Prophète (prière d’Allah et paix sur lui) rapportées dans ces textes.
[2] Indénombrables sont les versets émaillant le Livre, faisant mention du danger représenté par ce type d’aveuglement. Le penchant de ladite catégorie est souligné dès la cinquantième page du Coran (S.3, v.7).
[3] Pour ce qui est des références, nous avons recouru à deux éditions principales, afin de tirer profit des remarques des divers vérificateurs. D’abord, l’édition saoudienne, en huit volumes, vérifiée par Sami ibn Muhammad Salama, dans laquelle il faut revenir au volume 7, p.23-24. Ensuite, l’édition égyptienne, en quinze volumes, édition critique réalisée par une équipe de vérificateurs, extrêmement profitable, dans laquelle il faut revenir au douzième volume, page 33.
[4] Voir vol.18, p.49-50. L’édition retenue est la version libanaise, chez Mu-asasat ar Risala, en vingt-quatre volumes, dû à l’énorme travail fourni par notre cher ‘Abdullah ibn ‘Abdul Muhsin At Turki.
[5]مخلص من الشرك والشك
[6] Voir p.828. Nous avons recouru à l’édition de Dar us Salam, vérifiée par ‘Abdurrahman ibn Ma’la Al Luwayhiq.

1Commentaires

    • Avatar
      Medical
      Oct 11, 2019

      Je ne suis pas tout à fait d'accord avec le vôtre, mais en général, vous dites la bonne chose!
      Medical

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