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[Courrier des lecteurs] La dissidence française : Alliée ou ennemie de l'Islam ?

[Courrier des lecteurs] La dissidence française : Alliée ou ennemie de l'Islam ?

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Assalamou aleykoum chers frères,

Je lis actuellement le livre « Occident et Islam » de Youssef Hindi, celui-ci est présenté comme historien des religions et géopolitologue.

A la lecture du chapitre traitant du « wahabbisme » et du réformisme islamique, il est très sévère envers Mohamed Abdelwahhab, Al Afghani, Rashid Ridha, Mohamed Abduh... les accusant d’avoir pour objectif caché de détruire l’islam de l’intérieur. Certains sont même taxés d’hypocrites...il justifie cela en évoquant des liens très étroits, voire même une affiliation avec certains mouvements messianiques juifs.

Personnellement je trouve ce passage du livre très léger sans beaucoup d’argumentation, je n’ai cependant pas (encore) été voir ses sources. J’aimerais donc savoir si vous aviez lu son livre, qui semble avoir un certain succès auprès des musulmans ? Si oui qu’en pensez-vous ? 

Et sinon il serait bien que vous le fassiez afin d’apporter une réponse scientifique à sa critique et démêler le vrai du faux.

Fraternellement

Wa aleykoum oussalam,

Cela fait plusieurs années que j'essaie dans mes différents ouvrages de montrer, d'expliquer et d'enseigner ce qu'est l'Histoire en tant que Science et Méthode, avec des outils d'analyse servant à la compréhension de période, d’événements passés, de leurs acteurs et de leurs contextes. L'Histoire avec un grand H est une discipline scientifique, dont on doit d'abord apprendre la méthodologie, les règles telles que savoir déterminer les sources, les comprendre, les critiquer, les analyser dans leurs contextes et selon leurs formes et origines, et non selon nos fantasmes.

Elle n'est pas une science où il suffit de connaître un passé et une chronologie. Sans cela, toutes les manipulations, toutes les extrapolations, et même tous les délires peuvent être racontés sur le mode ''petite histoire'' c'est-à-dire un simple récit dont on peut faire dire tout et n'importe quoi, une histoire servant très souvent des intérêts immédiats, capable de tout défendre ou de tout remettre en cause, de justifier une chose et son contraire, cela sans en comprendre le sens profond ni saisir les lois générales de l'Histoire.

Je remarque avec étonnement et perplexité que non seulement certains ne font pas la différence entre Histoire et récits/histoires, en n'arrivant pas à comprendre cette distinction, et accordent alors beaucoup trop de crédit scientifique à toutes œuvres qui auraient une coloration historique. Je rappelle que l'histoire est à l'origine un courant littéraire, elle en fait partie quand elle raconte un récit, alors que l'Histoire est une discipline scientifique : pendant des siècles ces deux types pouvaient se confondre, mais depuis assez longtemps déjà, de grands auteurs qu'ils soient grecs (Thucydide) ou musulmans (Ibn Khaldoun) ont expliqué et ont développé la distinction très claire entre les deux.

Surtout que l’évolution du monde dés le début du XXe siècle, sa complexité de plus en plus grande, coïncide avec l'ouverture de la science historique à d'autres disciplines connexes, (économie, science politique, sociologie, Droit, etc...) qui demandent encore plus de maîtrise scientifique. Et cela fait naître encore plus d’interrogations sur la philosophie de l'Histoire que cela n'apporte de réponse. L'ensemble de ses problématiques et des limites d'une certaine histoire est bien résumé par ce passage de Paul Valéry :

« L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. Ses propriétés sont bien connues. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution, et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. L’Histoire justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout. Que de livres furent écrits qui se nommaient : « La Leçon de ceci, les Enseignements de cela ! ... » Rien de plus ridicule à lire après les événements qui ont suivi les événements que ces livres interprétaient dans le sens de l’avenir.

Dans l’état actuel du monde, le danger de se laisser séduire à l’Histoire est plus grand, que jamais il ne fut. Les phénomènes politiques de notre époque s’accompagnent et se compliquent d’un changement d’échelle sans exemple, ou plutôt d’un changement d’ordre des choses. Le monde auquel nous commençons d’appartenir, hommes et nations, n’est qu’une figure semblable du monde qui nous était familier. Le système des causes qui commande le sort de chacun de nous, s’étendant désormais à la totalité du globe, le fait résonner tout entier à chaque ébranlement; il n’y a plus de questions finies pour être finies sur un point.

L’Histoire, telle qu’on la concevait jadis, se présentait comme un ensemble de tables chronologiques parallèles, entre lesquelles quelquefois des transversales accidentelles étaient çà et là indiquées. Quelques essais de synchronisme n’avaient pas donné de résultats, si ce n’est une sorte de démonstration de leur inutilité. Ce qui se passait à Pékin du temps de César, ce qui se passait au ZTEambèze du temps de Napoléon, se passait dans une autre planète. Mais l’Histoire mélodique n’est plus possible. Tous les thèmes politiques sont enchevêtrés, et chaque événement qui vient à se produire prend aussitôt une pluralité de significations simultanées et inséparables. »
[Paul Valéry, Regards sur le monde actuel, 1945]

Cela fait plusieurs années que je dénonce donc cette petite histoire sur le mode récit quand elle déborde de son cadre d'origine, ou qu'elle ose de plus prétendre à des analyses politiques ! Si je mets en garde contre elle, c'est qu'elle ne peut sombrer que dans le complotisme, le populisme, le négationnisme, le concordisme et autres dérives pseudo-scientifiques où l'on fait que de la para-histoire. Elle sert l’opportunisme de certains individus qui n'ont que faire de l'Histoire mais qui poursuivent en réalité d'autres objectifs. Elle peut tomber dans le mensonge, la diffamation et le négationnisme de faits indéniables et de leurs interprétations les plus claires !

Je rappelle que j'ai écrit Histoire et Islam, dans lequel je reviens sur la formation de cette discipline scientifique, les bases méthodologiques que l'on trouve déjà dans le Coran et la Sounna et l'environnement culturel des arabes de la jahiliyya, ces débuts difficiles, sa séparation avec la science du Hadith et la distinction entre Chroniqueurs et Historiens. J'ai écrit Théologie du Complotisme en montrant comment la formation/construction d'un récit post-historique motivé par des buts politico-religieux pouvait être une pure négation de la science historique (alors même qu'elle se nourrie de l'histoire passée), en montrant que sans garde-fou scientifique, elle sombrait toujours dans une mystique délirante.

Certains ont aussi compris ce livre que comme une dénonciation du chiisme, alors que le chiisme n'était qu'un exemple montrant que la pensée complotiste et ses croyances pouvait se transformer en religion. J'ai écrit une Histoire de la da'wa najdite et des premiers saouds, très contextualisée, sur le wahhabisme, qui a montré l'historicité de la da'wa najdite et des premiers Saouds, en multipliant les sources historiques réelles les plus proches des événements et en les croisant, cela sans existence d'agent anglais secret ou d'origine juive des familles citées qui seraient prétendument tous à la source de cette nouvelle prédication au plein cœur de l'Arabie du XVIIIe siècle.

J'ai réalisé une étude historique sur la Siyassa shari'ya écrite par Ibn Tamiyya à l'époque des Mamelouks et une étude sur sa portée politique, montrant le contexte général de cette écriture, les problèmes qu'elle a essayé de résoudre, et ses limites contemporaines liées au problème historique du monde sunnite. J'ai écrit une réfutation dans les règles de la discipline historique, sur la prétendue appartenance de Sayyid Qotb à la Maçonnerie, en insistant longuement sur la méthode historique et l'analyse critique des sources des documents et du contexte.

Dans Lire et Comprendre Qotb, j'ai essayé de détailler avec exactitude la réalité du contexte dans lequel vivait Sayyid Qotb (1930-1966), avec une analyse de sa biographie, de ses évolutions politico-religieuses et de la perception et du regard que le monde musulman avait de lui, avec l'analyse d'une période précise celle de la colonisation et de la Guerre Froide.

Et finalement, j'ai essayé d'alerter sur le danger de l'occultisme et de se focaliser sur la crypto-histoire (Kabbale, Franc-maçonnerie, etc,) dont certains musulmans sont malheureusement fans. De plus, j'ai aussi mis le doigt sur le problème de l’écriture fantasmée de notre propre histoire sans regard critique, une histoire hagiographique qui ne voit que ses belles pages, tels son haut degré de science et de civilisation, ses grandes réussites et réalisations, sans comprendre que certains germes de sa propre décadence étaient déjà là. A chaque fois, j'ai essayé de faire en sorte que la science historique brille de tout son potentiel pour nous éclairer sur des événements passés, et faire comprendre l'importance de cette discipline, pour appréhender le présent et le futur.

Il n'est caché à personne que je suis musulman sunnite, en m'inspirant de l'immensité et la diversité de ses écoles, courants et tendances, en essayant d'en synthétiser l'esprit, conformément à la vigueur intellectuelle de nos anciens et prédécesseurs et que j'aspire à une restauration civilisationnelle de l'Islam, que je défends l'intégrité de la foi islamique orthodoxe des musulmans contre les menaces actuelles.

C'est pour cela que je n'hésite pas à pointer du doigt les problèmes du monde sunnite, ses menaces extérieures évidentes mais aussi internes, telles par exemple, les limites d'un fiqh historique qui a contaminé parfois le dogme et sa capacité à résoudre certains problèmes, sclérosant la pensée islamique et l’empêchant de réfléchir profondément à elle-même, avant de penser à un élan rénovateur (tajdid). Or si l'interprétation et les conclusions que l'on peut faire de l'histoire ne sont jamais neutres (car par essence politique) : son écriture doit être, elle, absolument rigoureuse et objective.

C'est pourquoi quand j’écris des œuvres historiques, je prends mille et une précaution pour que son écriture reste scientifique et objective : c'est-à-dire essayer dès le départ d’embrasser la vue la plus large possible de l'objet d’étude même si par la suite je peux l'affiner, et non, de simplement sourcer ses propos comme certains peuvent le croire, cela même si, subjectivement on peut se servir de cette histoire objective pour défendre une idée politique ; ce que tout le monde est en droit de faire et que l'idée la plus forte gagne mais pour qu'il y ait véritable concurrence il faut que tout le monde parle d'abord la même langue : c'est-à-dire ici la même Histoire scientifique !

Et si la neutralité philosophique en Histoire est un leurre, que dire alors si son écriture à la base contrevient aux évidences les plus claires et naturelles ? Écrire ou suggérer que « Mohamed Abdelwahhab, Al Afghani, Rashid Ridha, Mohamed Abduh » avaient pour but hypocrite de détruire l'Islam est pire que du révisionnisme historique, c'est faire preuve de chose plus grave que de la simple ignorance, mais aussi de très grande incohérence...

Les biographies scientifiques de ces quatre (très différents) personnages sont connus, et il est assez facile de faire la juste synthèse de qui ils étaient vraiment en compilant l'ensemble de leurs paroles et écrits, actions et prises de positions. C'est par cette opération que l'on est capable de dire qui fut réellement sincère et animé de bonne intention envers l'islam et qui a poursuivi d'autres buts, ainsi que de faire le bilan. Or, c'est ce qui n'a justement pas été le cas ici !

De plus, dire qu'ils avaient pour but de « détruire ou de corrompre l'islam » c'est donc déjà s'affilier très directement au camp de l'Islam et de sa préservation...Or peut-on dire que c'est véritablement le cas de cet auteur ? Avant de s'attaquer à ces personnages avec un tel angle d'attaque il faut déjà être certain de son positionnement. Alors je pose la question, au-delà de notre simple identité musulmane circonscrite en France : “Est-il lui-même partisan de l'Islam, de sa foi et et de sa loi, din dounya wa dawla, un système de vie, un modèle de société, une civilisation et un projet à restaurer pour les musulmans et à proposer à l'humanité" ?

Peut-on dire que ses positions personnelles, ses affinités, ses amitiés, ses relations, les causes qu'il défend sont de celles qui font triompher cette idée de l'Islam ? Est-il obligé de rappeler, ou de faire ici un rapport détaillé et sourcé pour déterminer qui est cet auteur ? Qui est cette caution intellectuello-maghrébine d'Alain Soral ? Ce dernier qui de tout temps a toujours essayé de capter des pseudo figures de cette communauté, de Morsay à Bassam, en passant par l’échec Ramadan, ceci pour maintenir ce public dans son giron.

Or, avec cet auteur, il tient enfin un maghrébin qui peut écrire et publier...Le comble étant de dénoncer la modernité occidentale et la laïcité française tout en étant lui-même au plein cœur d’un axe Damas-Moscou-Teheran, qui oscille entre le chiisme iranien au populisme d’extrême droite en passant justement par la laïcité, le socialisme et le nationalisme, du Rassemblement Nationale au Parti Baas jusqu'à Poutine le boucher de Tchétchénie...

Si je n'ai pas lu ce livre (Occident et Islam publié en 2015) en question, j'ai eu depuis plusieurs années entre cinq et dix rapports de nos lecteurs assidus ayant pointé dans celui-ci, certaines similitudes dans les thématiques (Modernité occidentale et Laïcité) avec mon IIF (publié en 2011). Dont l'un parfaitement documenté avec des scans mettant en parallèle toute une trame qui saute au yeux.

Quoiqu'il en soit, que cet auteur s'en prenne à la laïcité française et au modernisme occidentale pour paraître rebelle au système en France devant les musulmans d'origine maghrébine mais tout en étant dans le camp des laïques arabes sur le plan international montre bien l'incohérence de la posture et la superficialité des fondements (si fondement réel il y a...), une posture dont il n'est pas maître en réalité mais qui vient bien évidemment du mouvement auquel il est rattaché en France : le soralisme.

Montrant l'opportunisme du positionnement, la tactique d'ER de créer une figure intellectuelle musulmane maghrébine et soralienne capable de moduler le discours (mystique de la laïcité, les sources judeo-messianiques de ci ou de ça...) en fonction de cet auditoire répondant à une attente et une demande de ce public tout en faisant en sorte de ne pas être islamiquement cohérent avec le discours critique anti modernisme laïque, et surtout pas en géopolitique d'ailleurs !

Bien au contraire, il est très logique et même parfaitement compréhensible qu'un tel auteur, en service commandé ou non, s'attaque à toute figure historique considérée par eux comme « sunnite subversive », tout comme le complotiste Meyssan avait relayé l'intox concernant l'appartenance de Qotb à la maçonnerie ! Les haines et les hostilités n'ont donc absolument rien de surprenant !

Mohammed Ibn Abdelwahab en tant que traditionaliste hanbalite a réactualisé (nadjisé diront certains...) Ibn Taymiyya et Ibn Qayyim et dont la prédication est à l'origine de l'Arabie Saoudite...Un tel cheikh et son enseignement, avec l'impact historique de sa da'wa ne pouvait que susciter hostilité contre ce dogmatisme puritain issu du sunnisme. Comment oser donner du crédit à ceux qui confondent Wahhabisme et Arabie Saoudite ? Qui ne comprennent pas que l’Etat saoudien et le clan au pouvoir, l’ensemble des Saouds et les oulemas du Royaume représentent des factions diverses et distinctes ? Le ‘‘wahabisme’’ s’étale aujourd’hui sur un spectre qui englobe des oulémas ultra-contestataires et d’autres noyés dans l’irja et/ou la soumission absolue aux autorités

Al Afghani, dont l'origine ethnique et religieuse reste trouble mais qui a posé symboliquement et de manière moderne le principe de retour au Salaf (et donc finalement aux prédécesseurs historiques des sunnites) et qui a lutté à sa manière contre l'occidentalisme et l'orientalisme islamophobe, lui aussi ne pouvait que susciter méfiance, alors même qu'il y aurait tant de choses à critiquer chez lui (mais d'une critique très différente de cet auteur car justement plus islamique...)

De même que son disciple Abduh, qui s'est éloigné des incohérences, inconsistances et déviances de son maître pour s'enraciner un peu plus dans les sciences islamiques traditionnelles (celle d'Al Azhar), tout en gardant et revigorant le principe du retour au salaf et la nécessité de secouer le joug occidental en restaurant l'Islam (qui était encore loin d’être satisfaisant de notre point de vue...).

Et finalement le cheikh Mohamed Rachid Ridda qui fut le fruit le plus mûr de cet ensemble, dont l'influence est trop largement sous-estimée par les musulmans contemporains. Lui qui s'est définitivement débarrassé des erreurs, et des ambiguïtés, de ses deux prédécesseurs pour devenir l’une des perles de ce début de XXe siècle, le véritable chaînon manquant entre la salafiyya moderne et traditionnelle, l'anse la plus solide entre le militantisme religieux et l'activisme politique.

Il peut être considéré comme le cœur battant et combattant du sunnisme, aussi bien en lien avec des cheikhs tel Taqiddine al Hilali au Maroc qu'avec les derniers grands oulémas de la tradition najdite tel Soulayman Ibn Sahman ou les oulamas indiens d'ahloul Hadith, il influencera aussi bien Hassan al Banna que le cheikh Nassirdine Al Albani ou Ibn Badis en Algérie.

Décrire ces personnalités comme des ennemis cachés et vicieux de l'islam de la manière dont l'a fait cet auteur, est une insulte à l'intelligence et à l'Histoire dont il se réclame... Pire c'est démontrer son ignorance ou sa connivence avec d'autres forces justement très opposées à l'esprit de l'Islam et qui cherchent à le maintenir sous domination et contrôle.

Les spécialistes non musulmans eux-mêmes expliquent preuves à l’appui comment ces différents personnages ont contribué d'une façon ou d'une autre, à leur manière, à la réislamisation globale que l'on connait aujourd'hui, celle qui résiste encore à l'ordre actuel et ses processus, Réislamisation qu'elle soit de type puritaine, fondamentaliste, traditionaliste ou plus moderne dans ses différentes manifestations réformistes.

Ainsi tout ce qui cultive de loin ou de près un esprit global de résistance (même très symbolique et lointain) en ayant sa conscience propre (celle de servir son propre projet islamique) est perçue par ces auteurs comme une déviance de l'Islam, surtout s'ils sont originaires ou se rattachent à la vaste famille sunnite. Comprenons bien qu'il ne s'agit pas de dire que ces 4 personnalités sont incritiquables. Mais il faut comprendre l’angle d'attaque de ceux qui s'en prennent à eux, comment et pourquoi le font-ils. Ainsi fait, nous comprendrons qu'ils s'en prennent à eux pour ce qu’ils représentent, leurs actions et leurs prédications : redonner à l'Islam toute la dimension qu'il mérite.

Et je peux finalement affirmer en analysant très méthodiquement le discours de cet auteur et de la mouvance à laquelle il appartient, que pour eux : qu’il s’agisse d’islamistes ou de salafistes, Frères musulmans ou wahhabi, Arabie Saoudite ou Qatar, EI ou al Qaida, Tarik Ramadan, Erdogan ou Al Baghdadi, Madkhalistes ou Ansar Charia, Islamo-démocrates ou jihadistes : malgré les abysses qui séparent tous ces groupes et tendances, tous sont perçus par eux comme des dangers potentiels car tous se nourrissent en réalité de la tradition sunnite qui repose sur une croyance, un esprit, une vision particulièrement dérangeante pour eux car elle cherche à développer une indépendance politique religieuse et philosophique.

Dans ce sens, leurs hostilités et oppositions les font rejoindre très clairement les adeptes des idéologies séculières matérialistes et laïques (ce qu'ils sont eux-mêmes en réalité, cela même si cet auteur le dénonce par simple stratégie marketing dans son discours franco-français), c'est-à-dire profondément hostile au projet politique islamique. Malgré les apparences d'un discours superficiellement non islamophobe et islamophile, ils sont en réalité, tout simplement partisan du « bon vrai islam » celui de l'islam traditionnel, l'islam de l'immigré acculturé et ignorant, le doux et apaisé islam colonial dont on a brisé la vigueur religieuse et politique.

Encore une fois : si aucune des 4 personnalités musulmanes citées n'était infaillible, il n'est pas possible d'affirmer qu'elles ont eu pour objectifs d'autres buts que ceux qui apparaissent clairement dans leurs biographies en synthétisant leurs actions et en les contextualisant. Or le complotisme et le révisionnisme n'a que faire de ces preuves et de ces démarches, il poursuit des buts de polémiques partisanes en faisant de la propagande politicienne.

L'histoire écrite par de telles mains est une insulte à l'intelligence des lecteurs de manière générale et une double insulte aux lecteurs musulmans qui naïvement se font avoir par le marketing d'un auteur, d'une œuvre, des titres et des sujets traités qui leur paraissent poursuivre des buts islamiques alors qu'ils en sont l’antithèse même.

C'est pourquoi, il faut constamment inscrire les auteurs dans leurs contextes, connaître le milieu duquel ils proviennent et les mouvements auxquels ils adhérent pour comprendre la portée réelle de leurs œuvres. Si ce livre peut contenir des éléments intéressants (?) concernant la critique du modernisme laïque occidental, la méthodologie de l'auteur correspond à l’école complotiste, révisionniste et négationniste de l'Histoire réelle, il procède de la para-histoire avec des focalisations mystiques dépassant le cadre de la discipline scientifique historique.

Quant aux conclusions/visions/croyances concernant l'Islam : elles rejoignent le matérialisme occidental dans ces nuances théistes/déistes, c'est-à-dire une approche déjà sécularisante et pré-laïque, ceci expliquant la connivence avec la galaxie ER et sa tolérance de l'axe Damas-Moscou-Téhéran anti-sunnite.

Et très personnellement, je ne donne aucun crédit à un auteur prétendument musulman qui ose faire des conférences à Damas, alors que les sunnites sont torturés et leurs femmes violées à quelques pas de là, en croyant que l’Etat alaouite syrien (création française) est un rempart au nouvel ordre mondial, et confondant le wahhabisme avec l’ Arabie Saoudite actuelle.

Où est la prétendue science historique ? Où est la prétendue géopolitique ? Où est la foi sunnite ?


Aïssam Ait-Yahya

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