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Les origines de la Kaaba (Extrait – HPI)

Les origines de la Kaaba (Extrait – HPI)

[…]


L’arrivée d’Abraham et de sa famille à Mekka

Les récits laissés par les premiers chroniqueurs musulmans rapportent qu’à l’origine, Mekka[1] était ce lieu du monde, une matière qui émergeait du liquide primordial[2]. C’était de cette excroissance de l’univers qu’Allah avait tiré la substance galactique, dont Il tira la Terre en premier lieu, puis dont Il retira les cieux un à un[3].

Après avoir étendu les cieux et ceint le septième ciel du ‘Arsh (le Marchepied), Allah gonfla la pâte terrestre une deuxième fois à partir de Mekka[4], la surface de la Terre augmentant, les océans laissèrent les terres se découvrir. Et l’expansion de la Terre se poursuivant, cette Pangée originelle éclata, laissant les continents se séparer les uns des autres pour prendre peu à peu leur forme actuelle.

Puis, bien des âges après la création de la Terre, Mekka fut la patrie de divers peuples, dont les fameux ‘Âd, qui possédaient un empire puissant qui s’étendait en partie sur l’Arabie. Ils y furent exterminés dans un cataclysme effroyable, une tempête dévastatrice qui {s’abattit sur eux sept nuits et huit jours sans discontinuer. Et tu vis alors le peuple gisant là, telle une forêt de palmiers calcinés} (Coran 69.7). Abandonnée pendant des siècles, devenue un lieu de désolation, la vallée allait bientôt reprendre vie avec l’arrivée de nouveaux habitants. C’est au milieu de cette vallée cernée de hautes montagnes rocheuses que le patriarche Abraham ramena son fils Ismaël et la mère de son fils, Hâjar, pour y demeurer.

Avec l’arrivée d’Abraham, Mekka sortait des limbes des récits légendaires pour entrer dans l’Histoire connue. Ibn ‘Abbâs[5] rapporte qu’Abraham, en arrivant dans ce lieu, élut domicile sous un grand arbre, le Doha, qui poussait au sommet du lieu sacré, qui n’était alors qu’une simple colline. Après quelques jours, Abraham s’en retourna le cœur brisé, laissant à sa femme et à son fils de l’eau et des dattes. Hâjar qui tenta de le retenir, lui demanda :

- « Est-ce Dieu qui te l’ordonne ? » et voyant celui-ci acquiescer, elle répondit apaisée :

- « Alors Il ne nous abandonnera pas ».

Après avoir marché quelques lieues, Abraham se retourna en direction des montagnes et récita cette prière :

{« Seigneur, j’ai installé une partie de ma descendance dans une vallée stérile, auprès de Ton Temple sacré, Seigneur, pour qu’ils accomplissent la prière. Seigneur, dispose en leur faveur le cœur d’un certain nombre d’hommes et veille à leur procurer des fruits pour leur subsistance. Peut-être seront-ils reconnaissants} (Coran 14.37)

De ce lieu désert et inhospitalier, Abraham faisait le vœu qu’il devienne un jour prospère et sûr pour ses habitants. Lorsque cette invocation serait pleinement réalisée bien des siècles plus tard, le temps de Muhammad serait tout proche :

« Seigneur, fais de cette contrée un lieu sûr et prospère, et pourvois ses habitants de toutes sortes de fruits, pour ceux qui ont foi en Dieu et au Jour dernier. » (Coran 2.126)

Mais après plusieurs jours, les vivres de Hâjar s’étaient épuisés et son enfant assoiffé était pris de convulsions. Elle monta sur la colline voisine de Safâ pour appeler à l’aide, mais personne ne répondit. Elle courut sept fois entre les collines de Safâ et Marwâ, mais la vallée était désespérément déserte et son appel ne trouva aucun écho. A la septième fois, elle se tourna vers la colline sacrée et aperçut un ange qui grattait la terre de son aile.

L’eau de la source, qui sera appelée Zamzam[6], jaillit. C’est en souvenir de la détresse de Hâjar et des sept va-et-vient qu’elle accomplit, que jusqu’à nos jours, les musulmans effectuent pendant leur pèlerinage les sept allers-retours entre Safâ et Marwâ. Grâce à cette source d’eau miraculeuse, Hâjar et son fils purent ainsi vivre là des années.

Un jour, un peuple nomade venu du Yémen passa dans la région. Ce peuple appelé les Jurhum cherchait un lieu pour s’établir. Quand ils virent au loin, un oiseau tournoyer au dessus de la vallée, ils comprirent qu’ils y trouveraient une source d’eau. Ils envoyèrent plusieurs personnes en reconnaissance, qui aperçurent le grand arbre et Hâjar avec son fils. Les Jurhum lui demandèrent le droit de séjourner à proximité. Hâjar accepta à condition qu’elle restât propriétaire de la source.

L’établissement des Jurhum dans la vallée apporta une compagnie à la femme et à son fils. Ismaïl grandit avec eux et apprit leur langue. Devenu adulte, il s’unit avec une femme de cette tribu arabe. Un jour, Abraham vint dans la région pour visiter son fils. Il trouva la demeure d’Ismaël au même endroit, mais ce dernier était parti à la chasse. Abraham interrogea sa femme sur leur vie, et celle-ci se plaignit de la vie rude et frugale qu’ils menaient. Abraham dit à la femme avant de repartir :

- « Quand il reviendra, transmets-lui mes salutations de paix et dis-lui de remplacer le seuil de sa porte ».

Quand Ismaël revint chez lui quelques jours plus tard, sa femme l’informa de la venue d’un vieillard qui lui transmettait ses salutations et lui conseillait de changer le seuil de sa porte :

- « Ce vieillard est mon père, dit-il, et le seuil c’est toi. Il m’a conseillé de te répudier, alors rentre chez les tiens. »

Quand Abraham revint dans la région pour sa deuxième visite, il trouva dans la maison la nouvelle épouse d’Ismaël, mais son fils était toujours absent. Le patriarche interrogea la jeune femme sur leurs conditions de vie, et celle-ci se montra satisfaite de la vie simple qu’ils menaient. Alors avant de partir, il lui dit :

- « Quand il reviendra, transmets-lui mes salutations de paix et dis-lui de garder le seuil de sa porte ».

La troisième fois qu’Abraham revint, il trouva son fils près de sa demeure, sous le grand arbre, en train de confectionner des flèches. Ismaïl était devenu un archer hors-pair. Après les chaleureuses retrouvailles entre le père et son fils, Abraham l’informa de l’ordre divin qu’il avait reçu : bâtir en ce lieu, un Temple à la gloire d’Allah afin de « restaurer » la Maison sacrée qui avait été fondée ici même il y a des temps immémoriaux, et dont les remblais formaient maintenant une petite colline :

{C’est alors que Nous fîmes du Temple de la Kaaba un lieu de retraite et un havre de paix pour les Hommes, en leur commandant de prendre la station d’Abraham comme lieu de prière. Et Nous ordonnâmes à Abraham et Ismaël la mission de restaurer Notre Temple à l’attention de ceux qui viendront accomplir leurs circuits rituels, faire une retraite ou s’incliner et se recueillir} (Coran 2.125)

Ismaël et son père se mirent à l’ouvrage. Ils commencèrent à ramener les pierres et la tourbe sur la colline et creusèrent les tranchées. Ils posèrent ensuite les pierres une à une dans les tranchées et élevèrent les premières fondations. Dans l’écho des montagnes rocheuses qui entourent la vallée, le père et le fils murmurèrent cette prière :

{Seigneur accorde Nous tes bienfaits, Tu es l’Audiant, Tu es l’Omniscient} (Coran 2.127)

Les fondations solidement posées, ils élevèrent les murs de la salle en forme carrée, et joignant leurs prières, ils demandèrent à Dieu que de leurs descendants, un Envoyé vienne un jour apporter la révélation divine aux habitants de cette contrée :

{Seigneur, fais de nous des soumis à Ton ordre [musulmans], et élis de notre descendance une nation qui te sera entièrement soumise, Enseigne-nous les rites du pèlerinage et accepte notre repentir, car c’est Toi le Pardonneur et le Clément.} (Coran 2.127-128).

Puis, répétant leurs prières, ils accomplirent les premières circumambulations autour de l’édifice, et ajoutèrent :

{« Seigneur, envoie parmi eux, un Messager d’entre eux qui leur lira Tes versets, qui leur enseignera le Livre et la Sagesse, et qui les purifiera. C’est Toi le Très-Haut, le Sage »} (Coran 2. 129)

Puis, dans la pierre qui leur avait servi d’échafaud pour construire la partie la plus haute du mur, Abraham laissa les empreintes de ses pieds, comme un témoin de leur ouvrage[7]. Une fois achevés, les quatre murs formaient une salle vide et carrée sur l’emplacement de la colline. Le Temple n’avait pas de plafond et au centre se dressaient deux piliers. Une alcôve dans le coin « yéménite » de l’édifice accueillait une météorite blanche et lumineuse qui servait de borne pour indiquer le début du Tawâf[8]. Ces quatre murs vides symbolisaient le parfait iconoclasme du culte voué au Dieu suprême.

C’est ainsi que cet endroit fut appelé « Bekka » qui dans les langues sémitiques primitives signifiait « Maison du Seigneur » ou « Vallée du Seigneur »[9]. C’est en ce lieu que pour la première fois dans l’histoire humaine une pièce cubique et vide fut érigée à la gloire du Dieu unique et ineffable, bien des siècles avant la fondation du Temple à Jérusalem par les fils d’Israël et le « saint des saints »[10]. C’est pour cela qu’Allah dit dans le Coran :

{C’est à Bekka que pour la première fois un Temple fut élevé en tant que bénédiction et juste orientation pour tous les peuples. Il s’y trouve des signes explicites et la station d’Abraham. Ceux qui y entrent y seront en paix (…)} (Coran 3.96-97)[11]

Al-Azraqî nous informe, qu’une fois le Temple achevé, Abraham et son fils accomplirent le premier pèlerinage. Suivant les indications de l’ange Gabriel, ils tournèrent sept fois autour de l’édifice, touchant le mur dès qu’ils passaient près de l’un des quatre angles. Ensuite, ils prièrent derrière le Maqâm, la pierre qui avait servi d’échafaud pendant la construction. Puis Gabriel leur montra les autres rites du pèlerinage, les sept allers-retours entre les collines de Safâ et Marwâ, puis la marche en direction de Minâ et Muzdalifa.

En se dirigeant vers Minâ, en descendant du versant de ‘Aqaba, Abraham aperçut Satan qui se manifesta devant lui pour tenter de le détourner de ces actes sacrés qui allaient être imités après lui pour les siècles à venir[12]. L’ange ordonna à Abraham de lui jeter sept pierres, et aussitôt Satan disparut. Plus loin Satan réapparut une autre fois, puis une troisième. Chaque fois, Abraham lui jeta sept pierres et celui-ci disparut. Une fois arrivés à ‘Arafa, l’ange s’assura qu’Abraham avait mémorisé chaque étape du circuit rituel.

Après cela, Abraham lança l’appel au pèlerinage. On dit que son appel fut entendu dans tous les pays et que les rois des Cités, des personnes importantes, des prophètes, des saints et des dévots se pressèrent dans ce lieu pour y accomplir le pèlerinage sacré. Même Dhul-Qarnayn, le grand roi amorite dont les expéditions avaient atteint les confins du monde connu, vint en pèlerinage à Mekka où il rencontra le patriarche et le salua[13]. Et c’est en réponse à l’appel d’Abraham lancé il y a 4000 ans, que jusqu’à aujourd’hui les musulmans répondent Labbayk, Labbayk, « Nous répondons à ton appel », en effectuant leur pèlerinage.



A. Soleiman Al-Kaabî
Extrait du livre « Histoire politique de l’Islam – Tome 1 : Des origines de Mekka à la fondation de l’Etat de Médine », p.73 à la p.80
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[1]  Nous utiliserons, partout dans ce livre, le nom Mekka et non cette abominable francisation « La Mecque », à la fois pour des raisons esthétiques et idéologiques.
[2] Hadith mursal rapporté par Ibn ‘Abbâs et Mujâhid. Voir : Al-Azraqî, p3.
[3]  Dans les hadiths, il est rapporté que cette excroissance n’était pas « terrestre » mais gazeuse (Coran 41.11), qu’elle fut étendue une première fois pour former la Terre, puis le premier ciel à la suite d’un fatq ou « scission » (Coran 21.30), puis le second, et ainsi de suite, jusqu’au septième. Le Coran affirme que l’ « expansion » de ces cieux est continue (Coran 51.47) et qu’au dessus du septième ciel, le « Marchepied » les entoure de toute part « tel un bouclier dans lequel sept petites pièces seraient jetées » (hadith rapporté par Tabari. Voir Ibn Kathîr, Tome 1, 26).
[4] Selon Ibn Kathîr, l’étude des versets du Coran permet de conclure que la création de la Terre a précédé la création des cieux (Tafsîr, Tome 1, p59) et qu’elle s’est faite en deux étapes :
-Premièrement elle fut étendue à partir de l’excroissance gazeuse. Elle resta dans cet état primitif gazeux un certain temps, puis devint certainement « terrestre » lorsque le premier ciel émergea et tandis que les autres cieux étaient en formation comme l’indique l’ordre chronologique de ce verset (Coran 2.29).
-Deuxièmement, après l’établissement du Trône, Allah compléta la formation de la Terre qui était de taille plus réduite, puisque les versets et les hadiths insistent sur l’ « élargissement », « expansion » de la Terre (Par la Terre et Celui qui l’étendit -Coran 91.6), qui a peut-être été similaire à un « gonflement » car souvent les textes comparent la Terre à une « pâte » recouverte de la croûte terrestre. Ces hadiths sont en conformité avec la théorie de l’expansion de la Terre. Cette théorie scientifique a été élaborée au début du XXe siècle, avant d’être marginalisée au profit de l’actuelle théorie de la « dérive des continents ».
[5] Hadith rapporté par Al-Bukhârî selon Ibn ‘Abbas : (Sahîh, Dâr Ibn Kathîr, p828). Inutile de rappeler que les Chrétiens rejettent totalement la version musulmane de l’installation de Hâjar et de son fils à Mekka, et affirment que les montagnes de Farân désignent une région du Sinaï. Pour ces polémiques, je renvoie encore une fois aux remarquables travaux de Jamâl ad-Dîn Ash-Sharqâwî dans son livre Nabî ardh al-Janûb fî al-Asfâr al-yahûdiyya wa al-Masihîyya, soit « Le Prophète des terres du sud dans les textes juifs et chrétiens ».
[6] Concernant le nom de la source Zamzam, Jamâl ad-Dîn Sharqâwî démontre que ce nom apparaît à plusieurs reprises dans les versions hébraïques de la Bible sous le nom de Zamzûm (זחזח), notamment dans Deutéronome 2.20, pour désigner le « peuple de Zamzam », c’est-à-dire le peuple vivant aux abords de cette source. Pour l’auteur, il s’agit des Jurhum et des Amalécites (‘Amâliqa en arabe). Voir : Nabî ardh al-Janûb fî al-Asfâr al-yahûdiyya wa al-masîhîyya. p99-101.
[7] Cette « station d’Abraham » (maqâmu ibrâhim) siège jusqu’à nos jours à quelques mètres de la Kaaba, témoignant aux pèlerins de toutes les époques et de toutes les nations, du passage de ces deux fondateurs : Abraham et Ismaël.
[8] Voir : Al-Azraqî, p19 et Al-Bukhârî, selon Ibn ‘Abbâs. Sahîh dâr Ibn Kathîr, p828, hadith n°3364.
[9] C’est la définition que l’on trouve généralement dans les tafâsîr anciens. Cependant Jamâl ad-Dîn Sharqâwî (ibid. p102-105) livre là encore une étude approfondie sur les origines du nom Bekka et ses occurrences dans la Bible sous la forme hébraïque ( בכא), notamment Psaume 84.7 : « Lorsqu’ils traversent la vallée de Baca, ils la transforment en un lieu plein de sources et la pluie la couvre aussi de bénédictions. » (Traduction Louis Segond). L’auteur affirme que dans les langues sémitiques anciennes Bakka signifiait l’aridité et la stérilité du sol. 
L’expression « vallée de Baca » signifierait donc « vallée de la sécheresse » ce qui correspond exactement à la description que donne Abraham de ce lieu dans les paroles que le Coran lui attribue : {« Seigneur, j’ai installé une partie de ma descendance dans une vallée stérile, auprès de Ton Temple sacré » (…)} (Coran 14.37). L’auteur précise en effet qu’avant Abraham, ce lieu inhabité ne pouvait avoir de nom et que cette vallée a pris le nom laissé par le patriarche : « vallée stérile » ou vallée de Bekka dans sa langue.
[10] Dans un hadith rapporté par al-Bukhârî, selon Abû Dharr, le Temple de Jérusalem a été bâti la première fois quarante ans après celui de Mekka, par Jacob (Israël) fils d’Isaac (Ishâq).
[11] Au sujet de ce verset, il y a ce hadith rapporté par Ahmad, rapporté également par al-Bukhârî et Muslim selon al-‘Amash : « Abu Dharr al-Ghifârî avait un jour demandé au Prophète (ﷺ) :
- « Quel Temple fut édifié en premier ? »
- « Le Temple sacré [de la Kaaba] » répondit-il 
- « Et ensuite ? »
- « Le Temple d’Al-Aqsâ [Jérusalem] »
- « Combien de temps après ? » avait renchéri Abû Dharr
- « Quarante ans plus tard »
Voir aussi : Ibn Kathîr, Tafsîr, Tome 1, 336. Al-‘Asriyya.
[12] Al-Azraqî. Akhbâr Mekka.
[13] Ibid.

1Commentaires

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      May 19, 2019

      es-selemou 3aleykoum Est-ce que le livre "Le Prophète des terres du Sud dans les livres de Juifs et des Chrétiens" existe traduit en français, qu'il soit en ligne ou imprimé ? À defaut, je le lirai même en anglais. Barak Allahou fikoum.

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